Le 9 mai 2013 – De l’Ascension, du lait caillé et de la caillebotte

[Mise à jour du 2013-05-15]
J’ai retrouvé une photo où le pendant français du lait caillé serait faiselle. Si je me trompe d’interprétation, n’hésitez pas à me le signaler. Voici la photo en question :

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Menu du restaurant Les 2 Saisons à Damvix, dans le Marais poitevin.


Article original du 2013-05-09
L’Ascension était une fête importante dans le calendrier religieux du Québec dans les années 1950. Elle se célèbre toujours un jeudi, quarante jours après Pâques. Et en 2013, ça tombe aujourd’hui.

Un dicton tiré des usuels du Robert dit ceci :
« À l’Ascension,
La caillebotte au poëlon. »
Et ce dicton est assorti d’une note qui va comme suit :
« Arnold Van Gennep [(1873-1957) anthropologue et ethnologue français qui s’est intéressé aux rites de passage et au folklore français] précise que, dans le bocage vendéen, il fallait manger, la veille de la fête, du lait caillé dans lequel on avait fait tremper de la graine de chardon cultivé. On le coupait en croix et on l’arrosait de lait frais, puis on sucrait; ce mets était nommé caillibottes. Dans l’Argoumois, on lui attribuait une vertu magique. »

Je connais le lait caillé, car c’était l’un des desserts favoris de papa, qui le sucrait avec du sirop d’érable lorsqu’il y en avait (rare à la maison) ou du sucre blanc. Je rappelle que je suis née sur une ferme en Abitibi dans les années 1950, que nous étions pauvres et mangions essentiellement les produits de la ferme (par ailleurs délicieusement apprêtés par ma mère, cuisinière hors-pair-cordon-bleu-à-la-Jehane-Benoit). Le lait caillé était un dessert de pauvre… fermier.

Mais je ne connaissais pas le mot caillibottes. Alors j’ai commencé à le chercher dans mes dicos québécois. Pas trouvé. Mais caillé (n. m.) se trouvait là. Puis j’ai cherché et trouvé, dans le Grand Robert de la langue française (2001), le mot caillebotte, n. f., 1546, Rabelais; de caillebotter : masse de lait caillé, caillé. Bingo!

Je suis revenue à mes dicos québécois et ai trouvé caillebotte, n. f., dans le Dictionnaire du français Plus (1988) et le Bélisle (Dictionnaire général de la langue française au Canada, 1944 et 1954). Dans ce dernier, on mentionne que la caillebotte est une « masse de lait caillé, coupée par morceaux ». Et je me suis souvenue que ma mère faisait le lait caillé dans une grande pan (lèchefrite), et qu’elle le coupait en morceaux pour le servir.

Je ne connaissais pas le mot caillebotte, mais je connaissais le mot caillebotis, auquel caillebotte m’a fait immédiatement penser, et je ne voyais pas le lien. Eh bien! il y en a un. Le mot caillebotis, n. m., est apparu en 1678 et est dérivé du mot caillebotte par analogie avec les claies sur lesquelles on fabrique les caillebottes. Là, caillebotis prend tout son sens pour moi.

Je détestais le lait caillé quand j’étais petite, et je le déteste toujours autant aujourd’hui. Lors d’un voyage en France, j’ai mangé dans un resto de village du Marais poitevin, et le menu présentait un dessert que j’ai dû me faire expliquer, car je n’en connaissais pas le nom (même si l’on parle français, lorsqu’on arrive en France, en cuisine ― régionale de surcroît ―, c’est comme si l’on parlait chinois, par bouts).

Après force explications, j’ai compris qu’il s’agissait de lait caillé. Comme G. aime tout et est curieux de tout essayer, il en a pris. Et c’était vraiment du lait caillé. G. a aimé ça. Moi pas. Beurk! Les goûts, hein?

Puisqu’on parle de lait caillé, j’aimerais bien savoir comment s’appelle ce dessert de la région du Marais poitevin. Si quelqu’un le sait, n’hésitez pas à m’en faire part. Ça m’intéresse!

 

 

Publié par

Dominique Fortier

Je viens de la terre et je sais que j’y retournerai. Entre-temps, autant profiter de la vie. Des fois travail, des fois lecture, des fois voyages, des fois aquarelle ou peinture, des fois grandes marches, des fois « rien pantoute ». Et là, blogue sur la langue, mais pas seulement… Une fois par mois, je publie également une de mes œuvres en ligne (on peut voir l’ensemble des œuvres que je vends à l’adresse suivante : fineartamerica.com/profiles/dominique-fortier.html).

2 thoughts on “Le 9 mai 2013 – De l’Ascension, du lait caillé et de la caillebotte”

  1. Je dirais que oui. À la fin, quand maman n’a plus fait de lait caillé (après la vente de la ferme = plus de lait à passer, donc plus de lait caillé), papa mangeait du yogourt nature arrosé de sirop d’érable en lieu et place du lait caillé. Je pense aussi que certains mangeaient cela avec des confitures, mais je suis pas sûre si ça s’est fait chez nous.

  2. Est ce qu’il y a un rapport avec le caillé et le yogourt d’aujourd’hui ? Petite, je détestais ce mets que maman faisait elle-même et qui était plein de grumeaux. On le noyait dans le sirop d’érable pour finir par l’avaler… Pas question de faire les gueules fines, on devait tout bouffer.

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