Strictement interdit!

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Strictement interdit! 🎃 Strictly Forbidden!
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Québec (Québec)

Bon, vous êtes prévenus! Il est strictement interdit aux sorcières et autres coquines et coquins de cueillir des fleurs au parc Jeanne-d’Arc pour les offrir en échange de bonbons à l’Halloween… ou pour vous attacher un cœur. L’Halloween, c’est le temps de courir les maisons, pas la galipote en effeuillant une marguerite. Vous pourrez pas dire que vous avez pas vu l’affiche!

En attendant, vous avez le droit de vous bourrer la face dans le sucre tant que vous voudrez demain. Mais si vous avez l’habitude de vous bourrer la face dans le sucre, alors mangez-en donc pas! Ça fera changement et ça sera vraiment votre fête, tiens!

Biais, biaiser/biaisé, par le biais de

Biais

Biais, anglicisme au sens de parti pris; biais-anglicisme-faux-ami-au-sens-de-parti-pris-prejuge-et-aussi-bon-sens; conception et réalisation par Dominique Fortier, réviseuse ou réviseure, photo montage; révision de textesLe nom biais est, comme bien d’autres, susceptible de nous faire trébucher lorsque l’on a à l’utiliser dans une phrase.

D’un côté, on peut l’employer sans crainte lorsqu’il a, par exemple, le sens de « ligne oblique, oblique » (ex. : Elle a taillé la flèche en biais.). De même est-il correct dans le sens de « côté, angle, aspect, point de vue » (ex. : Ce chercheur traitera la question par un biais différent.), dans celui de « moyen détourné et ingénieux ou trompeur de résoudre une difficulté ou d’atteindre un but, truc » (ex. : Claude a trouvé un biais pour ne pas faire son devoir.) ou encore dans les domaines de la statistique ou de la recherche scientifique, lorsqu’il indique « un écart, une distorsion systématique d’une évaluation ou d’un échantillon, en positif ou en négatif » (ex. : En recherche clinique, un biais est toute erreur systématique qui affecte l’ampleur d’une différence observée [en l’augmentant ou en la diminuant].).

L’usage des locutions de biais et en biais sont également conformes aux normes du français dans le sens d’« en diagonale, en oblique », (ex. : Coupez de nouveau les tiges de biais, puis remettez les fleurs dans le vase. [voir la partie supérieure de la photo ci-dessus]).

D’un autre côté, il peut être traître et revêtir son costume de faux ami, ou d’anglicisme, comme on l’a déjà vu (voir mon billet intitulé Les faux amis). Auquel cas il faut s’en méfier et faire preuve de vigilance pour l’éviter.

Ainsi le mot biais est-il un faux ami dans le sens de « parti pris, préjugé, idée préconçue, a priori » (il provient ici de l’anglais bias), comme on peut le voir dans l’extrait situé dans la partie inférieure de la photo. Ce mot rend la phrase inintelligible, et l’on doit s’y reprendre à deux fois pour la comprendre. Mais si l’on remplace le mot biais par la locution parti pris, là, tout s’éclaire!

Biaiser/biaisé

Pour sa part, le verbe biaiser signifie, dans son acception moderne et courante, « user de moyens détournés, être de biais ou introduire un biais dans ». S’il est correct de parler d’un résultat biaisé, c’est-à-dire faussé par un biais, l’emploi de l’adjectif biaisé pour qualifier une chose ou une personne partiale, subjective, tendancieuse, qui a des préjugés, un parti pris ou une idée préconçue constitue toutefois un anglicisme[1].

Exemples fautifs :

  • Le comité de sélection était biaisé : il a refusé sa candidature sous un prétexte spécieux.
     
  • Je m’inscris en faux contre ce jugement biaisé.
     
  • Tu es biaisé dans cette histoire! Un peu d’objectivité serait de mise.

On écrira plutôt, par exemple :

  • Le comité de sélection avait un parti pris : il a refusé sa candidature sous un prétexte spécieux.
  • Je m’inscris en faux contre ce jugement tendancieux.

  • Tu as une vision subjective de cette histoire! Un peu d’objectivité serait de mise.

Par le biais de

La locution par le biais de présente, quant à elle, quelques subtilités. Le mot biais signifie notamment « moyen détourné et ingénieux ou trompeur de résoudre une difficulté ou d’atteindre un but » (ex. : Cette entreprise audacieuse a décidé de faire connaître son produit par le biais d’annonces publicitaires affichées dans les toilettes de lieux publics.). La locution par le biais de a précisément le sens de « par le moyen détourné et ingénieux ou trompeur de ».

Le moyen détourné qu’évoque la locution par le biais de n’est pas nécessairement malhonnête, mais il est forcément rusé, hypocrite ou habile. Par conséquent, lorsque le moyen retenu n’a pas ces caractéristiques, la locution par le biais de est inappropriée et doit être remplacée, selon le contexte, par à l’aide de, par l’intermédiaire de, par l’entremise de, grâce à, au moyen de, par le truchement de, etc. Dans les exemples qui suivent, une seule solution de remplacement est proposée, mais plusieurs sont possibles[2].

Exemples fautifs :

  • La collecte de données se fera par le biais de moyens électroniques. (Il faudrait plutôt dire à l’aide de.)
  • L’école fournit des renseignements aux parents par téléphone ou par le biais de son site Web. (Il faudrait plutôt dire par l’intermédiaire de.)
  • Que ce soit directement ou par le biais de nos partenaires commerciaux, nous mettons à votre disposition toute l’aide dont vous avez besoin. (Il faudrait plutôt dire par l’entremise de.)
  • Cet organisme a lancé sa campagne de financement, par le biais de laquelle il espère recueillir 200 000 $. (Il faudrait plutôt dire grâce à.)
  • Les médecins surveillent la réponse au traitement par le biais de prélèvements sanguins. (Il faudrait plutôt dire au moyen de.)
  • Afin de répondre aux divers besoins des étudiants, cet établissement offre plus de 80 cours par le biais de l’enseignement à distance. (Il faudrait plutôt dire par le truchement de.)

[1] Office québécois de la langue française, « Biaisé », Banque de dépannage linguistique, [En ligne]. [bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?T1=biais%C3%A9&T3.x=0&T3.y=0] (Consulté le 14 septembre 2015).

[2] Office québécois de la langue française, « Par le biais de », Banque de dépannage linguistique, [En ligne]. [bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?T1=biais&T3.x=0&T3.y=0] (Consulté le 14 septembre 2015).

Débrêlé, ée

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Dominique Fortier
Mode automnale 🎃 Fall Fashion
[Aurait pu s’appeler Épouvantail débrêlé]
(C’est un pléonasme, hein? C’est un pléonasme.)
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Québec (Québec)

À la demande presque générale (deux sur six-sept abonnés [hi! hi! hi!]), voici un article avec « pas de langue de bois » sur un mot qui m’intéresse.
Débrêlé, ée adjectif
⚓️Prononciation : dé-brê-lé
⚓️Étymologie populaire : du fin fond de mon enfance
⚓️Étymologie : Pour débraillé (dont le sens me semble le plus près de débrêlé), voici ce que le Bloch von Vartburg[1] donne comme étymologie :
Débrailler v.
Usuel surtout au participe passé, 1549 (sous la forme
desbraillé). Dérivé de l’ancien français braiel « ceinture », d’où brail, chez Froissart, dérivé lui-même de braie; débraillé signifie proprement « dont la ceinture qui retient les braies est dénouée ». [d’où le rapprochement avec l’exemple du Glossaire : Pourquoi ne mets-tu pas des bretelles? tu as toujours l’air débrélé = ta tenue a toujours l’air négligée.]
⚓️Signification : Débraillé, déboutonné, dont la tenue est négligée, dont les vêtements sont défaits
⚓️Synonymes : 🎭 débraillé, 🎭 déboutonné

Les mots que j’aime le plus sont, souvent, ceux qui ne figurent dans aucun dictionnaire de langue moderne. Ils me viennent de l’enfance, l’école et la télé n’ayant pas encore eu le temps de nous « normaliser ». Ils sont en grande partie de l’oralité, de la filiation paternelle (côté papa, c’était la belle élocution rurale de la Beauce ou de Dorchester doublée d’une lignée de maîtresses d’école sages, obéissantes, retenues et un peu classes) ou maternelle (côté maman, verbo-motrice carabinée non instruite, un peu impolie, un peu délinquante, très décidée et intelligente comme un singe : a tout appris seule).

J’aime la langue des vieux, des vieux mots, des vieux dictionnaires — parce que, faut pas croire qu’ils sortent de nulle part, les mots qu’on a appris à dire au berceau. Non, faut pas croire.

Voilà ce que j’ai trouvé au sujet de « débrêlé ». Pour moi, c’est le Glossaire du parler français au Canada[2] qui donne la définition la plus juste de l’emploi que nous en faisions à la maison :
Débrêlé, ée (debrelé) adj.
Débraillé, déboutonné, dont la tenue est négligée, dont les vêtements sont défaits.
Ex. : Pourquoi ne mets-tu pas des bretelles? tu as toujours l’air débrélé = ta tenue a toujours l’air négligée.
Dial. – Débrélé = dont les habits ne tiennent plus, ont été tiraillés, en Anjou [chez nous, c’était comme ça, sauf pour la prononciation; on disait « débrêlé »]; se débréler = se déculotter, en Normandie [chez nous, on n’employait pas le mot « débrêlé » dans ce sens].

Le Dulong[3] mentionne sensiblement la même chose, sauf qu’il introduit la notion de « débrêlage » dans le vêtement :
Débrélé, ée adj.
En piteux état, en parlant d’un vêtement et aussi de la personne qui porte ce vêtement, débraillé.
Ex : Ne va pas faire tes courses débrélé comme ça, habille-toi autrement! (Lanaudière)

Pour nous autres, en Abitibi, on ne parlait jamais d’un vêtement, mais bien d’une personne. Par exemple, on disait : « T’es donc ben débrêlée à matin! », mais jamais : « Ta robe est donc ben débrêlée ».

On parlait souvent des filles ainsi, moins des garçons, probablement parce que les filles, ça DOIT toujours être tirées à quatre épingles, être coquettes (ça, c’est mon petit côté sociologue, ou « psychologue à cinq cennes »).

Ça fa que, quand vous sortez, les filles, habillez-vous comme du monde. Vous allez mal paraître si vous êtes débrêlées (sous-entendu : Vous pognerez pas pantoute!).

Si vous connaissez ce mot, que vous l’avez déjà entendu et dit, faites-le-moi savoir. J’aimerais enrichir ma collection de « provenances ». ;‑))


[1] BLOCH, Oscar, et Walther VON WARTBURG, Dictionnaire étymologique de la langue française, Paris, PUF (1932), 1re édition « quadrige », 2002, 682 p.
[2] LA SOCIÉTÉ DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA. Glossaire du parler français au Canada, Québec, Presses de l’Université Laval, 1968, 709 p.
[3] DULONG, Gaston. Dictionnaire des canadianismes, nouvelle édition revue et augmentée, Sillery (Québec), Les éditions du Septentrion, 1999, 549 p.