Awignahan-han, c’est l’temps du jour de l’An

Sell Art Online
Dominique Fortier
Dans nos vieilles maisons / In Our Old Houses, 2013
Aquarelle sur papier à grain fin
18 x 13 cm (7 x 5 po)
Québec

Awignahan-han, c’est l’temps du jour de l’An.
Dans nos vieilles maisons, ça s’passait d’même.
Ça s’passait d’même dans nos vieilles maisons.

Pour cette nouvelle année 2016, je vous offre une chanson dont Oscar Thiffault a composé les paroles et la musique en 1954, Le rapide Blanc, et dont artv a capté une prestation.

Cette chanson en est plutôt une de chantiers que du jour de l’An, mais elle va bien au jour de l’An à cause du awignahan-han et du violon, et aussi parce que c’est une chanson à répondre. Dans les rencontres du temps des Fêtes, les gens chantaient ensemble. C’était leur manière de lâcher leur fou tout en prenant un p’tit coup. Pour un instant, la vie paraissait moins dure.

Puis chez nous, comme papa était chantre à l’église, il aimait beaucoup tout ce répertoire de chansons canadiennes qui jouaient à la radio dans le temps des Fêtes. Et après, j’en ai déjà parlé, bien après qu’on a eu été grands, il a toujours continué à écouter La soirée canadienne… jusqu’à ce que l’émission cesse d’être diffusée.

Les paroles suivent la vidéo :

Le violon à la ligne Ahhhh, je voudrais madame, à partir du deuxième couplet, me rend malade de bonheur, si ça se peut, être malade de bonheur. Et puis léviter aussi, dans la même logique… Ça te vous a un petit fond de cajin, ça, monsieur!

Le rapide Blanc
Paroles et musique : Oscar Thiffault, 1954

Y va frapper à la porte awignahan-han, awignahan-han
La bonne femme y’a demandé
Ce qu’il voulait-ait, ce qu’il souhaitait-ait
Ahhhh, je voudrais madame
J’voudrais bien entrer

Ah ben! à dit : entrez donc ben hardiment
Mon mari est au rapide Blanc
Y a des hommes de rien qui rentrent pis qui rentrent
Y a des hommes de rien qui rentrent pis ça m’fait rien
Y a des hommes de rien qui rentrent pis qui rentrent
Y a des hommes de rien qui rentrent pis ça m’fait rien

Après qu’il a eu entré awignahan-han, awignahan-han
La bonne femme y’a demandé
Ce qu’il voulait-ait, ce qu’il souhaitait-ait
Ahhhh, je voudrais madame
J’voudrais bien m’chauffer

Ah ben! à dit : chauffe-toé donc ben hardiment
Mon mari est au rapide Blanc
Y a des hommes de rien qui s’chauffent pis qui s’chauffent
Y a des hommes de rien qui s’chauffent pis ça m’fait rien
Y a des hommes de rien qui s’chauffent pis qui s’chauffent
Y a des hommes de rien qui s’chauffent pis ça m’fait rien

Après qu’il s’est eu chauffé awignahan-han, awignahan-han
La bonne femme y’a demandé
Ce qu’il voulait-ait, ce qu’il souhaitait-ait
Ahhhh, je voudrais madame
J’voudrais bien m’coucher

Ah ben! à dit : couche-toé donc ben hardiment
Mon mari est au rapide Blanc
Y a des hommes de rien qui s’couchent pis qui couchent
Y a des hommes de rien qui s’couchent pis ça m’fait rien
Y a des hommes de rien qui s’couchent pis qui couchent
Y a des hommes de rien qui s’couchent pis ça m’fait rien

Après qu’il s’est eu couché awignahan-han, awignahan-han
La bonne femme y’a demandé
Ce qu’il voulait-ait, ce qu’il souhaitait-ait
Ahhhh, je voudrais madame
J’voudrais bien vous embrasser

Ah ben! à dit : embrasse-moé donc ben hardiment
Mon mari est au rapide Blanc
Y a des hommes de rien qui m’embrassent, qui m’embrassent
Y a des hommes de rien qui m’embrassent pis ça m’fait rien
Y a des hommes de rien qui m’embrassent, qui m’embrassent
Y a des hommes de rien qui m’embrassent pis ça m’fait rien

Après qu’il l’a eu embrassée awignahan-han, awignahan-han
La bonne femme y’a demandé
Ce qu’il voulait-ait, ce qu’il souhaitait-ait
Ahhhh, je voudrais madame
J’voudrais bien m’en aller

Ah ben! à dit : sacre ton camp ben hardiment
Mon mari est au rapide Blanc
Y a des hommes de rien qui s’en vont pis qui s’en vont
Y a des hommes de rien qui s’en vont pis qui font rien
Y a des hommes de rien qui s’en vont pis qui s’en vont
Y a des hommes de rien qui s’en vont pis qui m’font rien

Et puis je n’ai pas pu résister. C’est trop beau. Pour celles et ceux qui voudraient chanter sans boire, ou boire en chantant, voici une interprétation à l’accordéon tout simplement irrésistible.

Bonne année grands nez… Je vous en souhaite une bonne et heureuse! La santé et le paradis à la fin de vos jours… mais mourez pas c’t’année, o.k.?

 

 

 

 

 

Des bebelles pour Noël

Sell Art Online

Dominique Fortier
Bonhomme de neige, 2015
Aquarelle sur papier à grain fin
13 x 18 cm (7 x 5 po)
Québec

A-ha mes petits lutins! Noël commence à vous énarver, je le sais bien. Moé itou, ça s’adonne!

J’ai commencé à faire mes tourtières en fin de semaine, pis là, faut que je commence à faire mes cinq ou six gourmandises au lait Eagle Brand si je veux arriver à temps pour Noël. C’est ben cochon, pis ça te vous fait prendre cinq livres c’est pas long. Mais foin de ces petits problèmes de santé qui nous guettent, bourrons-nous un bon coup! On fera maigre après, quand le corps n’en pourra plus.

Art Prints

Dominique Fortier
Mon beau sapin, 2015
Aquarelle sur papier à grain fin
13 x 18 cm (7 x 5 po)
Québec

Je dis Noël parce que chez nous, c’était à Noël qu’on fêtait en païens, c’est-à-dire qu’on recevait nos cadeaux. Et quand t’es petit, ça te tente pas de recevoir seulement des « Joyeux Noël!, Joyeux Noël! ». Tu veux du concret, du tangible, de la bebelle.

D’ailleurs, la chanson le dit :
Père Noël, père Noël,
Apporte-moé des bebelles…

Mais à finit ben mal :
J’en ai eu, pis j’en veux pus,
Pis fourre-toé-les dans l’c…

Moi je le chantais pour la rime et le rire le dernier bout, mais des bebelles, j’en voulais, moi, môn‑sieur! Une année, oh, j’avais peut-être 11 ou 12 ans, j’ai demandé à maman une machine à boules de gommes. Oui oui, vous avez bien lu. Une machine à boules de gommes qui coûtait pas trop cher, mais qui valait une fortune à mes yeux (et certainement aux yeux de maman, qui gérait le rien familial). Faut-tu être privée de cochonneries préfabriquées/usinée en plastique pour demander ça à Noël? Ben oui, des cochonneries, que voulez-vous, chez nous, y en avait pas, c’est comme ça! Alors le seul moment où moman (homonyme/homophone en québécois hi! hi!) se laissait infléchir, c’était à Noël. J’ai bien dû m’amuser un gros trois heures avec ma cochonnerie, mais elle a pris le bord pas longtemps après. La bebelle, ça dure jamais. C’est rien que l’espoir fou de s’évader un peu de la grisaille et de la « rigueur » du quotidien. (M. Couillard n’a rien inventé : dans les régions, ça fait longtemps que l’austérité sévit! On appelle ça du dépouillement, de la pauvreté, de l’indigence, de la privation, bref, de la simplicité involontaire.)

En fait, si je voulais tant de la bebelle, à Noël, c’était parce que je commençais à être tannée des cadeaux que maman nous confectionnait.

En effet, comme maman faisait tout de ses mains (régime autarcique et système D), y compris le tricot (elle tricotait des gilets de laine d’habitant marimaxime à tous mes beaufs en cadeau – méchante job! – et eux étaient fous comme de la marde de recevoir ça), la couture, le crochet, la confiture, les bonbons (tire de la Sainte-Catherine), alors du linge et du manger (papa était cultivateur – veaux, vaches, cochons, couvées, name it), on en avait en masse.

mary-maxim-gilet-fuchsia-et-gris-Kaleidoscope-Jacket-Pattern; patron; pattern; femme; woman; sweater; cardigan; long sleeves; arts and crafts; knitting; tricot; artisanat; années 1950; 1950s; Canada; Québec; Abitibi
Gilet de ce type fuchsia et gris reçu par une de mes sœurs aînées et dont j’avais hérité.

Et puisque maman nous cousait et nous tricotait des vêtements pour toutes les saisons et qu’elle en offrait en cadeaux à Noël, moi je considérais pas ça comme des vrais cadeaux. Pis en plus, quand t’es l’une des plus jeunes dans une trâlée de filles, t’hérites des vêtements des grandes. Alors tu sais (pas folle, la guêpe) que ceux qu’elles reçoivent (tout le monde était ravi des œuvres laineuses de maman) vont te revenir un de ces jours.

J’aurais voulu du linge acheté au magasin, « industriel », du vrai neuf, pas du vieux neuf ou du neuf artisanal, du fait main. Pour moi, artisanal et fait main signifiaient « pas riche riche, patenté, récupéré, tellement trop original et différent des autres ». Je voulais pas être différente des autres (au yâbe l’écologie).

Ça fait que du beau p’tit linge swell commandé su Sear (= chez Sears), on n’y pensait même pas : coûtait trop cher. Alors c’est pour ça que j’ai tant rêvé de bebelles « abordables » commandées dans le catalogue Sears. Je pensais que ça, au moins, maman pourrait me l’offrir. Et comme de fait…

Ça m’a prouvé une chose, c’est que maman, comme toutes les mères, très consciente de notre condition, essayait de nous faire plaisir et faisait tout pour que nous ne nous sentions pas trop misérables, impécunieux, parias, au risque de s’adonner, elle aussi, à une consommation dictée par le « rêve de bonheur et de plaisir », innocent (comprendre « sot, imbécile ») d’une enfant. Elle s’est désâmée toute sa vie pour nous procurer le nécessaire et pour élever une famille de dix enfants avec les faibles moyens que rapportaient les travaux de la ferme sur la terre infertile de l’Abitibi. Elle y est parvenue grâce à son incroyable énergie vitale (ôtez-vous de d’là, c’est Maria qui passe…), à son imagination fertile, à sa force de travail incommensurable, à son endurance à toute épreuve et à sa tête de cochon légendaire.

Mais je suis le produit de la société dans laquelle j’ai grandi. C’était l’après-guerre et nous venions d’entrer, sans le savoir, dans une ère de consommation débridée qui allait nous mener au bord de l’abîme écologique dont la Conférence de Paris (COP 21) nous brosse le sombre tableau — pour que des chefs d’État bougent et se commettent, ça prend un sérieux danger… Et je constate moi-même qu’aujourd’hui, il est grand temps de se calmer les envies de bebelles.

Sur ce, joyeux Noël tout le monde!

Création du mois┃Juin 2015
Ah! la belle vie

Photography Prints
Dominique Fortier
La belle vie⎮The Good Life, 2015
Aquarelle sur papier à grain fin
18 x 13 cm (7 x 5 po)
Québec

Ah! la belle vie. Quoi de plus agréable que de se la couler douce sur le bord d’un lac, un brin d’herbe entre les dents, la tête dans les nuages. Imaginez-vous par une belle et chaude journée d’été, les grillons stridulent, l’air embaume et vibre, brassé par une brise délicate. C’est le bonheur, vous êtes heureux.

Moi, c’est à ça que je commence à rêver dès que le temps se réchauffe et qu’on peut dormir les fenêtres ouvertes. C’est aussi à ça que je rêvassais à l’école lorsque la maîtresse ouvrait les fenêtres par les chaudes journées de juin.

Voici La belle vie selon Sacha Distel, qui lui parle plutôt d’amour et de « break » de blonde ou de « chum ». C’est un peu vrai, quoique la fin soit passablement gne-gne.

Ô! la belle vie
Sans amour
Sans souci
Sans problème.
Hum! la belle vie
On est seul
On est libre
Et l’on s’aime.
On s’amuse à passer avec tous ses copains
Des nuits blanches
Qui se penchent
Sur les petits matins.

Mais la belle vie
Sans amour
Sans souci
Sans problème.
Oui la belle vie
On s’en lasse
On est triste
Et l’on traîne.
Alors pense que je t’aime
Et quand tu auras compris
Réveille-toi
Je serai là
Pour toi.

Allez! Bon été, là.