Février ou les états du cœur

Les chansons m’ont toujours inspirée. Et quand je fais des dessins (parfois pensés, parfois intuitifs à partir d’essuyages de pinceaux sur papier), cela aboutit souvent à des œuvres en lien avec les fêtes du calendrier (p. ex. Noël, le jour de l’An, la Saint-Valentin) ou encore les saisons… enfin, tout ce qui constitue notre quotidien.

Le thème de février est le cœur, bien sûr (et j’ai bien peur que l’aspect commercial de la Saint-Valentin m’habite plus que je le voudrais; mais que voulez-vous, j’aime mieux le cœur que la politique!).

Ça commence

Art PrintsDominique Fortier
Valentine, 2017
Aquarelle, acrylique et encre sur papier
27,9 x 20,3 cm (11 x 8 po)
SPI

C’est l’original, le nouveau, le jeune, le pur, le frais, le tout beau, l’inaltéré, le pas encore trop abîmé, le « ‘tit cœur » qui bat heureux. Il a peut-être souffert de ses parents, petit, mais pour la plupart d’entre nous, il n’a pas encore connu l’émoi associé au désir de l’autre. Il est prêt à se donner sans compter, à en prendre. Et il va en prendre, je vous en passe un papier, et plein la gueule. C’est l’état du cœur le plus intimement lié au désir du corps.

Une Valentine pour un Valentin

« Tomber en amour », déclarer son amour, ses sentiments, constitue le premier des états du cœur dans la relation de couple. La Saint-Valentin représente le moment idéal pour ouvrir son cœur. C’est ce qu’une fille/ado qui se fait inviter pense et espère, du moins : de la romance, des fleurs, du chocolat, un repas-en-tête-à-tête-aux-chandelles-au-resto.

La chanson qu’on va écouter, Valentine, de Maurice Chevalier (1925), décrit plutôt ce qui attire en fait un Valentin égrillard et lubrique chez une Valentine qui va se laisser séduire, et vous verrez que ce n’est pas le « ‘tit cœur ». Chacun sa motivation. Bref, ça commence mal pour cette Valentine-là! On est loin de la rencontre romantique de deux cœurs.

Ça finit

Photography PrintsDominique Fortier
Mourir d’aimer, 2017
Travail numérique sur aquarelle
27,9 x 20,3 cm (11 x 8 po)
SPI

Mourir d’aimer au figuré

Lorsque j’ai passé mes « ‘tits cœurs » au procédé numérique, ils sont devenus rouge sang, et un titre s’est immédiatement imposé : Mourir d’aimer, de Charles Aznavour (paroles).

On peut mourir de toutes sortes d’amours. Pour Charles Aznavour, il s’agit de l’écart d’âge entre un vieil homme et une jeune femme, un thème éculé, mais chanté par Aznavour, on est toujours touché. Et comme je n’en ai jamais assez des chansons que j’aime, l’italien et l’espagnol suivent.

Aznavour chante Mourir d’aimer au Palais des congrès de Paris en décembre 2000.

En italien (télé italienne, émission Senza Rete, 1971) maintenant. Ooooonnnnnn… on aime ça!

En espagnol aussi, Morir de amor.

Du cœur cassé d’une mère

Quelqu’un a pensé mettre des images de Romy Schneider sur la chanson de Charles Aznavour, et je trouve que cela va bien avec la douleur d’aimer, ici la mère qui perd son fils. Après avoir survécu à mille drames intimes, elle ne se remettra pas de cette ultime tragédie et va s’enlever la vie (son suicide n’est pas avéré, toutefois; pour en savoir plus sur Romy Schneider). À voir pour les images de la belle Romy et la chanson d’Aznavour.

Mourir d’aimer pour le vrai

Anne Sylvestre a composé une chanson à la suite d’un procès très médiatisé qui a eu lieu en France au sortir de Mai 68. La chanson (paroles) porte sur l’histoire d’amour entre une enseignante d’une trentaine d’années, Gabrielle Russier, et son élève, Christian Rossi, alors âgé de 16 ans (le détournement de mineur a été invoqué pour la juger coupable). L’histoire finit mal. La fille va s’enlever la vie.

Ici, il s’agit d’un amour interdit, contrecarré, d’une passion folle que la société va réprimer durement.

On l’a vu avec la chanson d’Aznavour, on doute toujours de la véracité des sentiments dans le cas de grands écarts d’âge entre des amants, mais la menace de répression plane toujours plus sérieusement sur les femmes, et le jugement est implacable :

On n’a pas arrêté la meule
Où d’autres se feront broyer
Et vous ne serez pas la seule
Ça ne peut pas vous consoler

Cette chanson me retourne chaque fois que je l’entends, et c’est de loin celle qui exprime le mieux cette raison-là de mourir d’aimer. La voici :

Des fleurs pour Gabrielle d’Anne Sylvestre

Entre les deux

Entre le moment où ça commence et celui où ça finit, il y a cette immense plage de temps d’entre les deux. On voudrait être en amour, mais personne n’appelle ni ne sonne à la porte.

C’est l’état du cœur le plus près de l’état de l’âme. Il ne s’applique pas seulement à l’absence d’amour, mais également au mal de vivre et à la douleur physique.

Sell Art OnlineDominique Fortier
Quand j’ai les bleus1, 2017
Travail numérique sur aquarelle
27,9 x 20,3 cm (11 x 8 po)
SPI

Un cœur en rade, ou dans l’eau, ou le blues de la Saint-Valentin

Tsé, quand t’es toute seule ou tout seul à la Saint-Valentin, ton « ‘tit cœur » fait mal. T’es tout croche parce que tu penses que tout le monde est en train de donner ou de recevoir qui des fleurs, qui du chocolat, qui une carte, quelque chose, quoi, une déclaration d’amour inattendue, peut-être? Et toi? Ben non, rien pantoute, torrieu! Ça fait mal. Ça fait que faut te sortir de cet état dépressif, combattre cet état d’âme.

Je vous propose la recette joyeuse et peu coûteuse de Pauline Julien pour chasser les idées noires (avec une couple de 222, tout devient bleu, bébé, ouéééé! ou everybody must get stoned) :

La croqueuse de 222 (1973; auteur : Michel Tremblay, compositeur : Pierre Leduc)

comprimé de 222 anciennement en vente sans ordonnance en pharmacie au Québec
Comprimé de 222

Ahhhh! Drôle drôle, Pauline! Le cœur, ça peut nous en faire voir de toutes les couleurs, hein? et les pilules aussi…

Alors faites donc attention au vôtre et à celui des autres… au moins pour un mois.


Paroles de la chanson Mourir d’aimer
Les parois de ma vie sont lisses
Je m’y accroche mais je glisse
Lentement vers ma destinée
Mourir d’aimer

Tandis que le monde me juge
Je ne vois pour moi qu’un refuge
Toute issue m’étant condamnée
Mourir d’aimer

Mourir d’aimer
De plein gré s’enfoncer dans la nuit
Payer l’amour au prix de sa vie
Pécher contre le corps mais non contre l’esprit

Laissons le monde à ses problèmes
Les gens haineux face à eux-mêmes
Avec leurs petites idées
Mourir d’aimer

Puisque notre amour ne peut vivre
Mieux vaut en refermer le livre
Et plutôt que de le brûler
Mourir d’aimer

Partir en redressant la tête
Sortir vainqueur d’une défaite
Renverser toutes les données
Mourir d’aimer

Mourir d’aimer
Comme on le peut de n’importe quoi
Abandonner tout derrière soi
Pour n’emporter que ce qui fut nous, qui fut toi

Tu es le printemps, moi l’automne
Ton cœur se prend, le mien se donne
Et ma route est déjà tracée
Mourir d’aimer
Mourir d’aimer
Mourir d’aimer
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Paroles de la chanson Des fleurs pour Gabrielle (paroles et musique : Anne Sylvestre, 1970, sur l’album Abel, Caïn, mon fils)
N’en parlez pas, n’y touchez plus
Vous avez fait assez de mal
Il ne sera jamais normal
Que par tristesse l’on se tue

Mais avoir vu tout mélangé
De grosses mains dans votre cœur
Dans votre âme des étrangers
Il y a de quoi prendre peur

Et c’était un amour peut-être
Un amour pourquoi, un amour comment
Un qu’on ne met pas aux fenêtres
Un qui ne ferait pas même un roman

En brandissant votre conscience
Vous avez jugé au nom de quel droit
Vos poids ne sont dans la balance
Pas toujours les mêmes, on ne sait pourquoi

Monsieur pognon peut bien demain
S’offrir mademoiselle machin
Quinze ans trois mois et quelques jours
On parlera de grand amour

N’en parlez pas, n’y touchez plus
Mais savez-vous de qui je parle?
Il ne sera jamais normal
Qu’on tue et qu’on n’y pense plus

Mais avoir vu tout saccagé
Et dans son âme et dans son corps
Mais trouver partout le danger
Il y a de quoi prendre mort

Et c’était un amour peut-être
Un amour printemps, un amour souci
Un qu’on ne met pas aux fenêtres
Un qui pouvait faire du mal à qui?

Si j’avais su, si j’avais su
Que vous vous penchiez au bord de ce trou
D’un coup d’avion serais venue
Pour vous retenir là au bord de vous

Monsieur pognon ne mourra pas
Mamzelle machin, la bague au doigt,
Étalera son grand amour
Avec quelques diamants autour

Le printemps déplie ses feuilles
La liberté nous berce encore
Nous qui sommes toujours dehors
Il se pourrait bien que l’on veuille
Nous couper les ailes aussi

Je vous dédie ces quelques fleurs
J’aurais pu être comme vous
Et tomber dans le même trou
Je vous comprends si bien, ma sœur,
Vous restez un de mes soucis

On n’a pas arrêté la meule
Où d’autres se feront broyer
Et vous ne serez pas la seule,
Ça ne peut pas vous consoler
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1. Ce que disent les dicos au sujet d’« Avoir les bleus » :
Antidote : Les bleus : Québec, familier – cafard, idées noires. Avoir les bleus. Tomber dans les bleus. Un film qui donne les bleus.
Multi : Avoir les bleus. Forme fautive, calque de « to have the blues » pour avoir le cafard, broyer du noir, être déprimé.
Bref, ç’a beau ne pas être correct (= anglicisme), c’est comme ça que les a chantés Pauline!
↩


Mes œuvres sur Pinterest

Bonne année 2017

Art Prints

L’œuvre Le commencement de ce monde symbolise ici la révolution de 2016 sur 2017. C’est le commencement de l’année, comme le cône symbolise le commencement d’une autre vie, le perpétuel recommencement. Je vous souhaite donc une année remplie de belles choses douces comme la neige folle fraîchement tombée sur cette branche de conifère.


Badaboum, on est tombé en 2017. Avez-vous mal au bloc? Y’en a qui tombent mieux que d’autres. L’habitude, ça doit! Pis y’en a qui se couchent de bonne heure pareil, Jour de l’an pas Jour de l’an. Les traditions se perdent, en tout cas dans mon coin. Pis je m’ennuie pas des « mononcles » qui ont rien qu’envie de donner des gros becs mouillés dégoûtants. Ouache! caca. Pis y’en a qui sont tout seuls pis qu’y attendent rien que la vie normale reprenne… C’est à ces personnes que je propose les chansons suivantes. C’est pas fatiguant d’écouter de la musique. Et ça rappellera des souvenirs aux plus vieux.

Toutes les chansons que vous allez entendre proviennent de la page suivante du Gramophone virtuel (à propos du Gramophone virtuel).

https://i0.wp.com/www.collectionscanada.gc.ca/obj/m2/f1/13476-a.jpg?resize=403%2C414

Le joueur de violon (Bolduc, Mme Édouard (La Bolduc); Levert, Médart; Lachine, 1930)

https://i2.wp.com/www.collectionscanada.gc.ca/obj/m2/f1/13551-a.jpg?w=660

Le Jour de l’an (Bolduc, Mme Édouard, 1894-1941; Lachine, 1931)

 

https://i2.wp.com/www.collectionscanada.gc.ca/obj/m2/f1/12811-a.jpg?w=660

Le Jour de l’an = New Year’s Day (Gauthier, Conrad, 1885-1964; Montréal, 1929)

https://i1.wp.com/www.collectionscanada.gc.ca/obj/m2/f1/14553-a.jpg?w=660

Les joyeuses Québecoises : reel (Bouchard, Jos, 1905-1979, et Malouin, Fortunat, 1870-1935; Montréal, 1938)

J’ai choisi la prochaine chanson parce qu’elle me rappelle une anecdote de mon enfance en Abitibi. Papa était cultivateur. Une fois, on s’est fait arrêter par la police (je ne sais plus pour quelle raison), et le policier a demandé ses papiers à papa. En les consultant, il a fait la remarque suivante : « Vous êtes un habitant avec un n? ». Ben oui, la police, on était des habitants avec des z! Comme dirait l’autre, les colons sont pas tous sur les terres. J’en ris encore quand j’y repense.

Et puis sortez vos vieux dictionnaires, parce que vous allez entendre des mots là-dedans que moi-même, qui suis pourtant une descendante de « nabitant » qui s’intéresse aux mots des « zabitants » du Québec rural ancien, je n’ai jamais entendus. Aussi, fait intéressant à noter, les deux versions de la même chanson diffèrent légèrement, ce qui est assez courant lorsqu’il est question de tradition orale. C’est ce qui en fait le charme. C’est sur l’air de Marianne s’en va-t-au moulin.

https://i0.wp.com/www.collectionscanada.gc.ca/obj/m2/f1/12497-a.jpg?w=660

J’suis c’qu’on appelle un habitant (Gauthier, Conrad, 1885-1964; Montréal, 1928)

https://i0.wp.com/www.collectionscanada.gc.ca/obj/m2/f1/15860-a.jpg?w=660

J’suis c’qu’on appelle un habitant (Daignault, Eugène, 1895-1960; Montréal, 1928)

Enfin, je ne peux pas terminer sans vous présenter la merveilleuse œuvre d’Edmond-Joseph Massicotte intitulée La bénédiction paternelle. C’était un moment si émouvant, chez nous, le premier de l’an au matin, que cela me faisait brailler chaque fois :

Tiré de la collection [graphic material] (R13541-0-7-E), dans le Gramophone virtuel.

Sur ce, bonne année tout le monde! Que 2017 vous soit meilleure que 2016!

Quand décembre revient… la lumière s’en va

Quand décembre arrive, la lumière décroît vite jusqu’au 21. Déprimant, puisqu’on a réussi tant bien que mal à surmonter la grisaille de novembre. On ouvre la lumière à 16 h, parfois avant. Ouache! que c’est plate. Ça nous prend d’autres sources que le soleil pour illuminer nos vies.

Photography Prints
The English version of this work is entitled Red Christmas Ball and Candle.

Dominique Fortier
Boule rouge et Chandelle, 2016
Aquarelle sur papier à grain fin
18 x 13 cm (7 x 5 po)
SPI

Sell Art Online

Dominique Fortier
Paix sur Terre / Peace on Earth, 2016
Travail numérique sur photographies
SPI

On a beau ne plus être pratiquants depuis des lunes, on a le Canadien français catholique inscrit dans nos gènes, on dirait ben! La tradition nous façonne malgré nous; elle porte en elle les espoirs et les aspirations des générations qui nous ont précédés. Ainsi nous parvient, éclaboussures de lumières du temps des Fêtes et joies d’enfants, l’espérance que le monde peut encore être un endroit où chacun trouve sa place et où il fait bon vivre.

Noël est une fête de la lumière naissante. En Europe du Nord, les illuminations de Noël contrastent avec la nuit épaisse de décembre. L’habitude a été prise de fêter Noël au cœur de la nuit, comme le veut l’Évangile, et cette tradition est restée commune aux grandes confessions, catholique, protestante et orthodoxe.

Le religieux et ses symboles nous habitent toujours, bien qu’on leur tienne la dragée haute. Mais Mr. Hide n’est jamais bien loin du Dr. Jekyll : le Québécois aime fêter et se transforme en joyeux luron païen (certains diront « grossier personnage », c’est selon) lorsqu’il a pris un p’tit coup. Et pourquoi pas? Au diable la religion et qu’on s’amuse! On est tannés de la noirceur et de la froidure. Par ici la boule de Noël, le cadeau et la grande boustifaille (et les abus qui vont avec). Faut s’enjoliver l’hiver, quoi!

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Dominique Fortier
Pour enjoliver l’hiver I / To Embellish Winter I, 2016
Photographie
Québec

Photography Prints

Dominique Fortier
Boule verte / Green Bauble, 2016
Peinture numérique sur photographie
SPI

Art Prints

Dominique Fortier
Pour enjoliver l’hiver II / To Embellish Winter II, 2016
Photographie
Québec

Art Prints
Dominique Fortier, L’hiver au cube / Winter Cubed, 2016, aquarelle sur papier à grain fin, 18 x 13 cm (7 x 5 po), SPI

Et puis on aime encore la neige, c’est plus fort que nous. Paradoxe de Nordiques, même si on n’en peut pus de l’hiver de force qui finit pus, on est toujours fous comme d’la marde quand ça tombe en flocons floconneux et légers comme du duvet d’eider. On retombe en enfance et le goût nous reprend d’aller jouer dehors.

Art Prints
The English version of this work is entitled The Beginning of This World.

Dominique Fortier
Le commencement de ce monde, 2016
Photographie
Québec

Art Prints
The English version of this work is entitled Tree Adorned with Poinsettias.

Dominique Fortier
Poinsettias dans un sapin, 2016
Travail numérique sur photographies
SPI

Dictons pour un 1er décembre

« À la Saint-Éloi, la nuit l’emporte sur le jour qui luit1. » Ça veut dire qu’il fait noir de bonne heure en ta… et qu’on commence à avoir la fale pas mal à terre! Que la lumière nous manque!

« Si à la Saint-Éloi tu brûles ton bois, tu auras froid pendant trois mois. » Ça veut dire que si t’es pas déjà rendu dans le Sud, décolle, pis ça presse!

Comme mon prochain billet ne paraîtra qu’en janvier, je vous souhaite un très joyeux temps des Fêtes avec beaucoup de lumière − artificielle ou autre, si vous avez la chance d’être sous d’autres cieux. Que la joie illumine vos cœurs!

 

 


  1. (Gabrielle Cosson, Dictionnaire des dictons des terroirs de France, Paris, Larousse, 2010, 380 p. (ISBN 978-2-03-585301-1, présentation en ligne [archive]), p. 115.)