L’Estrie – Histoire, toponymie
et terminologie

Village au fond de la vallée : aquarelle sur papier à grain fin, 18 x 12 cm. Artiste : Dominique Fortier. (sapins, église, maisons, couronne, clôture de bois, thème de Noël). Illustre l'article L’Estrie – Histoire, toponymie et terminologie, rédaction par Dominique Fortier (réviseure - French Editor), publié dans le blogue L'Hebdomadaire des réviseurs sur le site de l'Association canadienne des réviseurs. Paru le 4 décembre 2013. Watercolour (small village that could be in Eastern Townships, with a church and houses, during Christmas time) by artist that wrote the post on Estrie for the blog of The Editors' Association of Canada named The Editors' Weekly. Published on December 4, 2013.
Village au fond de la vallée

Dans un article précédent, j’ai abordé les toponymes Estrie et Cantons-de-l’Est sous leur angle actuel, en tant que région administrative ou touristique.

Mais voyons ce qu’il en est de l’occupation du territoire de cette région et des aménagements linguistiques qui en ont découlé au fil du temps.

1792-1857 : À la fin du XVIIIe siècle, le gouvernement colonial du Bas-Canada (Québec) crée un comté destiné « à tous ceux qui désirent s’établir sur les terres de la Couronne dans la Province du Bas-Canada », c’est-à-dire aux loyalistes et aux colons britanniques, écossais et irlandais qui ne désirent pas s’intégrer au régime des seigneuries. Le premier canton concédé est celui de Dunham, au nord du lac Champlain, créé en 1796, mais ce n’est qu’une dizaine d’années plus tard que la région prend le nom officiel d’Eastern Townships of Lower Canada (Québec), par opposition aux Western Townships of Upper Canada, créés au Haut-Canada (Ontario). Ce nom sera bientôt simplifié en Eastern Townships1.

région historique des Eastern Townships : Illustration tirée de la page Cantons-de-l’Est ou Estrie? de la CEFAN. L’occupation du territoire influe sur l’évolution terminologique d’un toponyme. Dominique Fortier remonte le temps et refait le chemin parcouru par les appellations Eastern Townships, Cantons de l’Est et Cantons-de-l’Est pour parvenir à la forme actuelle Estrie. Article publié dans le blogue L’Hebdomadaire des réviseurs de l'Association canadienne des réviseurs / Post published on the blog The Editors’ Weekly from The Editors' Association of Canada.
La région historique des Eastern Townships comprend grosso modo tous les cantons qui s’étendent depuis le Richelieu à l’ouest jusqu’à la Chaudière en Beauce et l’Etchemin à l’est, près de la frontière américaine, ainsi que les concessions situées hors des seigneuries traditionnelles en bordure du Saint-Laurent au nord et la frontière américaine au sud.
Illustration tirée de la page Cantons-de-l’Est ou Estrie? de la CEFAN.

Les loyalistes s’établissent dans plusieurs des cantons voisins des États actuels du Maine, du New Hampshire et du Vermont — d’où les nombreuses dénominations anglaises en Estrie — dès la fin du XVIIIe siècle. Les Britanniques et les Canadiens français, ces derniers surtout vers le milieu du XIXe siècle — l’expression va alors se franciser —, s’y installent à leur tour.

1858-1965 : L’appellation Cantons de l’Est, qui traduit « Eastern Townships », est lancée par Antoine Gérin-Lajoie, puis adoptée dans son roman Jean Rivard (1862‑1864).

1946 : Mgr Maurice O’Bready, secrétaire général de la Société historique des Cantons de l’Est, qui deviendra la Société d’histoire de Sherbrooke, crée le terme Estrie. Le toponyme Estrie a retenu l’élément est auquel on a ajouté la finale trie; celle-ci caractérise certains noms anciens de la langue romane comme Neustrie en France, qui signifiait « région qui n’est pas à l’est ». Selon monseigneur O’Bready, « la désinence trie porte elle-même un sens bien adapté : une trie est une “terre riche et féconde” »2.

1966-1980 : L’appellation Cantons-de-l’Est est le premier nom à désigner les régions administrative et touristique de l’Estrie.

1981- : L’expression Cantons-de-l’Est s’utilise toujours pour parler de la région touristique (voir Dans quelle région se trouve Lac-Mégantic? En Estrie ou dans les Cantons-de-l’Est? pour le découpage du territoire touristique).

1981- : Le terme Estrie remplace Cantons-de-l’Est dans la désignation de la région administrative (voir Dans quelle région se trouve Lac-Mégantic? En Estrie ou dans les Cantons-de-l’Est? pour le découpage du territoire administratif).

Le tableau qui suit présente les différentes appellations utilisées pour nommer l’Estrie au fil du temps, en français et en anglais. Il pourra servir de guide aux langagières et aux langagiers (en rédaction, en traduction ou en révision) en ce qui a trait à l’utilisation du vocable qui convient le mieux pour nommer cette région dans les textes de nature historique surtout, mais également contemporaine.

tableau-vocables-pour-nommer-lestrie-dans-les-textes-de-nature-historique, Eastern Townships, Cantons de l'Est, Cantons-de-l'Est région touristique, Estrie région administrative, réalisation et montage du tableau par Dominique Fortier, réviseure. The different names of the Estrie (Eastern Townships) region. Table prepared and edited by Dominique Fortier, French Editor, at www.revisionpro.ca
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1. Tiré de la page Cantons-de-l’Est ou Estrie? du site de la Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d’expression française en Amérique du Nord (CEFAN).

2. Tiré de la fiche descriptive de l’Estrie du site de la Commission de toponymie du Québec.

Note : Les personnes qui s’intéressent à l’appellation officielle des régions administratives et touristiques du Québec dans son ensemble peuvent consulter la page Tableau comparatif des régions administratives et touristiques du Québec sur le site de la Commission de toponymie du Québec.

Typographie et ponctuation

L’ESPACE FINE INSÉCABLE DANS LES DOCUMENTS HTML

Typographie et ponctuation (Dominique Fortier)Nous l’avons vu dans l’article précédent, dans les documents imprimés, et avec l’aide de logiciels de mise en pages professionnels, il est possible d’insérer une espace fine insécable devant le point-virgule, le point d’interrogation et le point d’exclamation.

Dans les documents HTML, l’exemple le plus connu d’espace insécable est l’élément «   ». Celle-ci a les mêmes propriétés que l’espace régulière complète, avec l’avantage de garder sur une même ligne les caractères se trouvant de chaque côté. Pour l’espace fine, l’élément «   » fonctionne sous la plupart des fureteurs récents. Mais l’élément «   » est sécable, ce qui veut dire qu’en fin de ligne, les caractères suivants seront poussés à la ligne suivante (ce que personne ne désire voir).

S’il y a bien une espace difficile à reproduire sur Internet, c’est l’espace fine insécable. Celle-ci n’est tout simplement pas définie dans la norme Unicode. Alors plusieurs optent pour l’utilisation de l’espace insécable ordinaire «   », ce qui n’est pas la bonne solution.

Heureusement, Unicode définit le « NARROW NO-BREAK SPACE », qui se rend par l’élément numérique «   ». Cette espace étroite est insécable et peut être utilisée à la perfection comme espace fine insécable dans tout document HTML.

Par conséquent, en typographie soignée, on prendra soin d’utiliser l’élément «   » comme espace fine insécable si l’on veut à tout prix insérer cette espace devant le point-virgule, le point d’interrogation et le point d’exclamation.

Mais il faut surtout garder à l’esprit qu’à défaut de pouvoir utiliser l’espace fine insécable (parce que trop compliquée à obtenir), lorsque l’on révise des textes pour le gouvernement du Québec et le gouvernement du Canada, il vaut mieux s’en tenir aux Tableaux des espacements des ouvrages de référence de ces deux ordres de gouvernement qui recommandent de ne jamais mettre d’espace devant le point-virgule, le point d’interrogation et le point d’exclamation, et d’insérer une espace insécable ordinaire devant le deux-points.

Alors pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple?

Source : Le présent article est fortement inspiré du site Typographe futé : trucs et astuces pour la typographie imprimée et sur la Toile.

Typographie et correction

Comment composer avec l’espace fine dans les traitements de texte : typographie et correction

Comment composer avec l’espace fine dans les traitements de texte :
typographie et correction

espace-insecable-et-espace-fine
Regardez bien l’espacement devant le point d’interrogation.

L’espace fine, c’est une espace (le mot est féminin lorsqu’on parle typographie) d’un quart de cadratin (soit 25 % de la police de caractères choisie — par exemple, pour une police de caractères de 12 points, l’espace fine doit être de 3 points) qui est toujours insécable. On la place, en typographie soignée (par exemple dans une publication imprimée dans une maison d’édition ou par le biais des services d’édition ou de communication des gouvernements fédéral ou provincial), devant le point-virgule, le point d’exclamation et le point d’interrogation ainsi que quelques autres éléments de ponctuation.

Les personnes qui rédigent des textes les écrivent la plupart du temps en Word. Et parce que ce traitement de texte ne peut pas faire l’espace fine, certaines personnes se sont mises (à l’instar des Français, qui utilisent depuis longtemps l’espace fine devant ces signes de ponctuation) à utiliser une espace complète (cadratin) insécable à la place de l’espace fine (un quart de cadratin). Mais ce n’est pas une bonne idée, car les espaces insécables ne remplacent en aucun cas les espaces fines, elles allongent inutilement les textes et obligent à corriger ces « erreurs » de typographie après coup.

L’Office québécois de la langue française (OQLF) recommande de ne mettre aucun espacement devant le point-virgule, le point d’exclamation et le point d’interrogation dans le cas où le traitement de texte ne peut pas faire l’espace fine insécable (à l’heure actuelle, il n’y en a aucun qui la fasse correctement et rapidement [le Ramat de la typographie donne une « recette » pour programmer l’espace fine en Word, mais rien que de la lire vous donne envie de changer de métier]).

Toute personne qui travaille en rédaction, en révision ou en traduction de textes devrait s’en tenir à cette règle très simple par souci d’uniformité et pour s’éviter bien des tracas lorsque les textes doivent être imprimés ou publiés à partir de Word. Et ce, jusqu’à ce que les informaticiens nous mitonnent une espace fine insécable facilement réalisable pour Word et autres traitements de texte…

Il est préférable, lorsqu’on veut un texte où les espaces fines insécables soient placées devant les signes de ponctuation qui nous intéressent, d’accompagner son texte d’une note générale à l’intention des graphistes/spécialistes de la mise en pages à ce sujet plutôt que d’insérer soi-même des espaces insécables. En effet, ces personnes possèdent les bons outils/logiciels pour insérer correctement les espaces fines insécables dans les textes et sont ainsi à même de maintenir la tradition propre à la norme établie en typographie soignée…

Comme on dit, chacun son métier et les vaches seront bien gardées!

Pour en savoir plus sur ce que recommande l’OQLF au sujet de l’espacement avant et après les principaux signes de ponctuation et autres signes ou symboles.