La marelle, le laissez-passer des enfants pour le ciel

Les enfants jouent encore à la marelle. C’est un jeu de printemps sans âge. J’y jouais lorsque j’étais enfant, à la différence que nous le tracions dans le gravier (parce que nous vivions en campagne; et on disait la « gravelle ») au lieu de le dessiner sur l’asphalte des trottoirs, et qu’il était beaucoup moins long. Il n’allait pas jusqu’à 100. Il allait seulement jusqu’à 10.

Et puis nous allions au « ciel » plutôt qu’au « paradis ». « Paradis », me semble que ça fait plus chic, plus moderne, plus noble, plus « vert » (on imagine des arbres, des chérubins qui courent à moitié nus dans la rosée, Adam et Ève, le péché originel, quoi!; bref, un p’tit goût de fruit défendu)!

Alors que « ciel », ç’a une odeur de sainteté (on imagine une vierge Marie qui monte au ciel)! Ça fait plus religieux, enfant de Dieu, enfant de choeur que nous étions, élevés dans la religion jusqu’au cou. Ça fait plus « bleu », comme dans « l’enfer est rouge et le ciel est bleu ». (À l’époque dont je parle ― les années 1960 ―, le religieux était intimement associé au politique, et « l’enfer est rouge » faisait également référence au rouge du Parti libéral, alors que « le ciel est bleu » renvoyait au bleu du Parti conservateur de Maurice Duplessis.)

Aujourd’hui, les enfants disposent de formidables craies de couleur gros format avec lesquelles ils peuvent faire de grands jeux sur le trottoir. Celui que j’ai vu allait jusqu’à 100. Voici quelques photos qui l’illustrent :

La marelle de « boss » sur le trottoir à Québec
Ça commence en grand! Le « boss », ça veut probablement dire « pro ».
La marelle, de 1 à ...
De 1 à… C’est du sérieux! Faut se rendre à 100.
Dominique Fortier revisionproca Jeu de marelle sur un trottoir à Québec.
De 8 à… La quête du paradis est encore jeune. Tous les espoirs sont permis.
Dominique Fortier revisionproca Jeu de marelle sur un trottoir à Québec.
De 35 à… Là, ça commence à se corser. Attention où tu lances ta roche…
Dominique Fortier revisionproca Jeu de marelle sur un trottoir à Québec.
De 74 à… C’est un peu décourageant si on lance sa roche à côté de la case…
Dominique Fortier revisionproca Jeu de marelle sur un trottoir à Québec.
De 97 au… PA-RA-DIS! Yééééé! Bravo! Tu y es arrivé! C’est vraiment la quête des pros.

Déchanger, un vieux mot de l’enfance

Déchanger
Nature : v. intr. et pron.
Prononciation : dé-chan-gé
Etymologie : Dé…. préfixe, et changer

Quand j’étais petite, dans mon Abitibi natale, lorsqu’on revenait de l’école, ma mère nous demandait d’aller nous déchanger. Cela voulait dire qu’on devait aller enfiler notre linge « de semaine » pour remplacer nos vêtements d’« école ».  Cela sous-entendait aussi qu’on avait de l’ouvrage pas toujours « propre » à faire. Pas vider un bar ni aller payer une « saloperie de job » avec une enveloppe brune, par exemple (ça, c’est de l’ouvrage « propre sale »!). Que non! De la vraie ouvrage pas propre comme corder du bois, soigner les poules, faire le train, le ménage et autres travaux souvent salissants que j’« haguissais ».

Et curieusement, lorsqu’on devait s’habiller proprement, on disait toujours aller se changer. Du moins dans mon souvenir.

Dans Le glossaire du parler français au Canada [PUL, 1968], on dit que ce mot dialectal a la même signification que le mot dischanger en Ardenne.