Adresser

Le verbe adresser, en français, signifie « envoyer » (on adresse une lettre à quelqu’un) ou « émettre des paroles » (on adresse des critiques, des compliments, la parole à quelqu’un). Adresser signifie aussi « diriger quelqu’un vers la personne qui convient » (on adresse un malade à un spécialiste).

L’expression pronominale s’adresser à quelqu’un signifie, pour sa part, « parler à quelqu’un » ou « être destiné à quelqu’un » (dans le sens de « concerner quelqu’un »). On dit par exemple le président s’adressera aux électeurs (il prendra la parole devant eux) et cette recommandation ne s’adresse pas à vous (autrement dit, elle ne vous concerne pas). À ce sujet, voici ce que le Multi mentionne à l’article « Adresser » : « À la forme pronominale, le complément du verbe est une personne. S’il s’agit d’une chose, d’un concept, on emploie les verbes concerner, porter sur. Une réflexion qui concerne (et non s’adresse à) la morale. »

s-adresser-a-qqe-chose-gaeétan-barrette-le-soleil-10-dec-2015; Adresser: un anglicisme courant; anglicismes, faux ami, calque, address an issue, address oneself to a task, s'occuper d'un problème, régler un problème, rédaction, révision, traduction; dominique fortier; french editing; french editor; editing, FrenchEt pourtant, dans l’extrait ci-contre, le ministre Barrette réussit à s’adresser à une chose (la chose étant le fait de juger anormal le comportement des médecins « vaccineurs » [raccourci inventé pour décrire les médecins qui réclament à la Régie de l’assurance maladie du Québec des sommes faramineuses pour participer à des séances de vaccination sans que leur présence soit requise]). S’adresser à une chose, ça n’engage à rien. Et surtout, ça évite d’interagir avec l’humain, le concerné, justement. Ça n’implique aucune action véritable, aucune réaction adverse. Bref, c’est comme parler au mur : il ne se passe rien parce qu’on ne se fait pas comprendre (ici, c’était peut-être ça, l’intention). Le ministre aurait pu simplement dire qu’il allait s’attaquer au problème [que représente le comportement de ces médecins] ou s’occuper du problème, régler le problème ou encore remédier à la situation, corriger cette situation.

Ce charabia provient du transfert littéral en français d’une combinaison de deux sens (to address an issue [d’où le adresser un problème] et to address oneself to a task [d’où le s’adresser à une chose, à une tâche]) que le verbe anglais to address possède, mais que le verbe français adresser, lui, ne possède pas.

adresser-un-probleme-le-soleil-9-fevrier-2016; anglicismes, faux ami, calque, adresser, address an issue, s'occuper d'un problème, régler un problème, signaler un problème; rédaction, révision, traduction; dominique fortier; french editing, frenche editor, french, editingAinsi, pour traduire l’expression anglaise to address an issue, il ne faut pas dire adresser un problème, mais s’attaquer à un problème, s’occuper d’un problème, voir à un problème, le prendre en main (ou, comme dans l’exemple ci-contre, signaler le problème). On ne dira pas non plus, pour rendre l’expression to address oneself to a task, s’adresser à une tâche, mais plutôt s’attaquer à une tâche, s’atteler à une tâche (par exemple s’atteler à la tâche de calmer l’appétit des médecins « vaccineurs », se mettre à cette tâche).

Ces anglicismes (faux amis et calques) sont autant de pièges à éviter dans l’usage quotidien que l’on fait du français. Pour en savoir plus sur les nombreuses manières de rendre les termes address et issue dans différents contextes français, consulter le Lexique analogique (cliquer sur le bouton Index anglais) du Bureau de la traduction, un outil précieux.


Sources

OFFICE QUÉBÉCOIS DE LA LANGUE FRANÇAISE. « Adresser », Banque de dépannage linguistique, [En ligne], 2002. [bdl.oqlf.gouv.qc.ca].

VILLERS, Marie-Éva de. « Adresser », Multidictionnaire de la langue française, 5e éd., [cédérom], Montréal, Québec Amérique, 2009.

Prendre une chance ou prendre un risque?

prendre une chance; prendre un risque; to take a chance; traduction; rédaction; révision; correction de texte; bilinguisme;french editing; dominique fortier; french editor[Publié sur le blogue L’Hebdomadaire des réviseurs / The Editors’ Weekly de Réviseurs Canada le 24 novembre 2015]

L’hiver est, pour les Nordiques que nous sommes, une réalité incontournable. D’année en année, il se présente à nos portes avec plus ou moins de régularité. Alors prend-on « une chance » ou « un risque » en attendant au 15 décembre pour chausser nos pneus d’hiver?

Chance

Le français attribue plusieurs sens au mot chance¹. Celui-ci désigne d’abord un sort favorable. Il a gardé, surtout au pluriel, le sens neutre de « probabilité que quelque chose survienne », ou de « manière, favorable ou défavorable, dont les faits s’enchaînent ». On dira par exemple que les chances qu’un événement se produise sont minces.

Il n’a cependant pas, comme le mot anglais chance, le sens de « risque, danger auquel on s’expose ». Ainsi, courir sa chance ou tenter sa chance, c’est essayer de réussir en comptant sur le sort favorable, tandis que courir le risque, c’est s’exposer à un risque.

Exemples fautifs :

  • Il a pris une chance : il est parti en excursion sans eau.
  • Il n’a pas l’habitude d’être en retard : il y a des chances qu’il ait manqué son autobus.
  • J’ai perdu par pure chance!

On écrira plutôt :

  • Il a pris un risque : il est parti en excursion sans eau.
  • Il n’a pas l’habitude d’être en retard : il se peut qu’il ait manqué son autobus.
  • J’ai perdu tout à fait par hasard!

« Prendre une chance »

La locution « prendre une chance » n’existe pas comme telle. Il s’agit d’un calque de to take a chance pour « courir la chance, prendre ou courir le risque² ».

C’est de là que vient l’immense confusion quant à l’utilisation répandue et erronée de l’expression prendre une chance pour dire exactement son contraire, prendre un risque.

Courir la chance de

Donc courir la chance de, c’est « tenter de gagner, essayer de réussir en comptant sur le sort favorable ». Par exemple, on dira : Courez la chance de gagner des billets pour le spectacle de Céline Dion à Las Vegas! Courez la chance (et non le risque) de gagner le gros lot. Bref, courir la chance de, c’est toujours positif; cela indique l’éventualité d’un dénouement favorable, souvent imprévisible ou inattendu.

Risque

Le verbe risquer signifie « s’exposer ou exposer quelque chose à un danger possible ou à une issue regrettable » et « tenter quelque chose de hasardeux, d’incertain, de risqué³ ».

Le Multi4 définit le mot risque comme une « possibilité d’accident, de malheur, de perte ». Ex. : Cette aventure comporte des risques. Avoir le goût du risque. Ne vous exposez pas à un risque. La météo indique qu’il y aura un risque de verglas ce soir. Elle tient à éviter tout risque. Synonymes : danger; embûche; écueil.

Note : Contrairement au mot chance, le mot risque ne s’emploie qu’avec un sens défavorable, de danger éventuel, d’inconvénient prévisible. Il ne s’emploie que dans le cas d’événements malheureux ou désagréables envisagés, dans l’éventualité d’un évènement susceptible d’avoir des conséquences fâcheuses (incendie, accident, inondation, etc.). Ex. : Se garantir de tout risque, contre les risques. Une assurance tous risques.

Prendre un risque, courir un risque, courir le risque de

Courir un risque, prendre un risque, des risques, c’est « s’exposer à un danger ». Ex. : Vous courez, vous prenez un risque (et non une chance) en conduisant sans vos pneus à neige. Tentez de courir le moins de risques possible.

Note : La locution courir le risque se construit avec la préposition de suivie de l’infinitif ou avec la conjonction que suivie du subjonctif. Ex. : Courir le risque de faire un accident. Courir le risque que les premières neiges nous surprennent avant d’avoir fait poser nos pneus d’hiver.

Alors, il vaut mieux ne prendre aucun risque (et non aucune chance) et ainsi mettre la chance de son côté en faisant installer ses pneus à neige d’avance. Bon hiver!


1.  Office québécois de la langue française, « Chance », Banque de dépannage linguistique, [En ligne], 2002. [bdl.oqlf.gouv.qc.ca].
2.  VILLERS, Marie-Éva de. « Chance », Multidictionnaire de la langue française, 5e éd., [cédérom], Montréal, Québec Amérique, 2009.
3.  Office québécois de la langue française, « Risquer », Banque de dépannage linguistique, [En ligne], 2002. [bdl.oqlf.gouv.qc.ca].
4.  VILLERS, Marie-Éva de. « Risque », Multidictionnaire de la langue française, 5e éd., [cédérom], Montréal, Québec Amérique, 2009.

Ah non! pas encore des « coupures »!

Le mot « coupure », un calque provenant de l'anglais « cut »; calque-coupures_cuts-graphisme-et-photo-dominique-fortier-revision; anglicisme, traduction;Sous l’influence de l’anglais cut, on emploie très souvent le mot « coupure » dans les domaines administratif et financier. On parlera ainsi de coupures budgétaires, de coupures de budget ou de coupures de postes. Or les sens français de coupure, contrairement à celui de coupe, ne correspondent pas à la notion évoquée dans ce genre de contexte ( 1). Nous sommes en présence d’un calque, soit un anglicisme (voir les articles Anémique « académique » et Les faux amis, qui portent également sur les anglicismes) sémantique.

Ces expressions peuvent être remplacées par des équivalents tels que restrictions, compressions ou réductions budgétaires, suppression ou abolition de poste. On pourrait aussi parler de mesures d’austérité, de coupes effectuées dans les dépenses, de réductions d’effectifs, de diminutions de salaires, de baisses de revenus.

Anglicisme (calque)
À PROSCRIRE 
UTILISER plutôt
Les coupures de budgets vont faire mal. Les diminutions de budgets vont faire mal.
Les coupures dans les dépenses ont obligé l’équipe à mieux cibler ses projets. Les compressions des dépenses ont obligé l’équipe à mieux cibler ses projets.
Il y a eu d’importantes coupures dans le domaine de la santé. Il y a eu d’importantes coupes dans le domaine de la santé.
Que penser des coupures budgétaires annoncées par le ministre des Finances? Que penser des restrictions budgétaires annoncées par le ministre des Finances? (ou des coupes budgétaires, des réductions budgétaires, des compressions budgétaires)
Les coupures de poste/d’emploi auront une incidence sur la productivité des employés. Les suppressions de poste/d’emploi auront une incidence sur la productivité des employés. (ou Les abolitions de poste/d’emploi)
On procédera à d’importantes coupures dans le personnel. On procédera à d’importantes coupes dans le personnel. (ou à d’importantes réductions de personnel.)
Ils n’ont rien d’autre à proposer que des coupures. Ils n’ont rien d’autre à proposer que des réductions. (ou des mesures d’austérité)
Il y a eu de grosses coupures dans nos revenus. Il y a eu des baisses marquées dans nos revenus. (ou Nos revenus ont été sérieusement amputés.)
Le gouvernement annonce d’importantes coupures de salaires. Le gouvernement annonce d’importantes diminutions de salaires. (ou d’importantes réductions de salaires)
Les coupures salariales affecteront notre niveau de vie. Les compressions salariales affecteront notre niveau de vie.
On procédera à d’importantes coupures d’effectifs. On procédera à d’importantes réductions d’effectifs.

Il existe aussi de nombreux équivalents imagés. Si, par exemple, certains procèdent à une coupe sombre, d’autres sont plus radicaux et optent pour une coupe claire, par référence aux termes de sylviculture : la première permet d’enlever une petite partie des arbres seulement, tandis que la seconde éclaircit encore davantage la forêt. Font également partie du paysage de l’administration et des finances : le couperet qui tombe, la ponction ou la saignée pratiquée dans un budget, les effectifs dégraissés (à utiliser avec doigté dans le domaine de la santé…) ou les revenus amputés.

Encore une fois, la langue française ne manque pas de mots ou d’expressions pour corriger les anglicismes comme coupure.


Note :
(1) OFFICE QUÉBÉCOIS DE LA LANGUE FRANÇAISE, « Coupure », Banque de dépannage linguistique, [En ligne], 2002. [bdl.oqlf.gouv.qc.ca/]. (Consulté le 27 juin 2015). (retour au texte1)
 
Sources :
OFFICE QUÉBÉCOIS DE LA LANGUE FRANÇAISE. « Coupure », Banque de dépannage linguistique, [En ligne], 2002. [bdl.oqlf.gouv.qc.ca/] (Consulté le 27 juin 2015).
 
« Coupure », Antidote, 8e édition, version Mac, [Cédérom], Montréal, Éditions Druide, 2014. (Consulté le 27 juin 2015.)