Le secret du bonheur : la bonne humeur

Sacha Distel
LA BONNE HUMEUR

Il faut savoir garder, garder toujours sa bonne humeur
Garder sa bonne humeur, garder sa bonne humeur
Il faut savoir garder, garder toujours sa bonne humeur
C’est ça, c’est ça le secret du bonheur

Tu es tout triste depuis huit jours
Et tu ne veux pas me dire pourquoi
Mais moi je sais très bien
Très bien ce que tu as
Tu viens d’apprendre que ta femme
Depuis longtemps a un ami
Ou plus exactement un petit ami
Mais c’est tant mieux, tant mieux, tant mieux
Car elle pourrait tout aussi bien en avoir deux

Il faut savoir garder, garder toujours sa bonne humeur
Garder sa bonne humeur, garder sa bonne humeur
Il faut savoir garder, garder toujours sa bonne humeur
C’est ça, c’est ça le secret du bonheur

Toi tu m’écris : « C’est effrayant
Je n’ai vraiment, vraiment pas de chance
J’ai eu un accident à la veille des vacances
Et me voilà cloué au lit
Alors que toi et tous les autres
Vous êtes en train de vous baigner sur la côte »
Mais c’est tant mieux, tant mieux, tant mieux
Parce que tu sais ici ça fait deux jours qu’il pleut

Il faut savoir garder, garder toujours sa bonne humeur
Garder sa bonne humeur, garder sa bonne humeur
Il faut savoir garder, garder toujours sa bonne humeur
C’est ça, c’est ça le secret du bonheur

Ceci nous prouve qu’aujourd’hui
Les gens ne savent plus rêver
Et ne voient de la vie que son mauvais côté
Alors que moi tout au contraire
Dès qu’il m’arrive un embêtement
Je m’écrie aussitôt le cœur content
Mais c’est tant mieux, tant mieux, tant mieux
Quand tout va bien la vie au fond c’est ennuyeux

Il faut savoir garder, garder toujours sa bonne humeur
Garder sa bonne humeur, garder sa bonne humeur
Il faut savoir garder, garder toujours sa bonne humeur
C’est ça, c’est ça, c’est ça le secret du bonheur

Maman conduit la Panel

Notre voiture en abitibi : la panel, ou panel-c1970-photo-dominique-fortier-senneterre
La Panel, notre voiture en Abitibi

Note : Vous trouverez un équivalent en « français de France » des mots québécois entre guillemets dans le présent lexique.

La Panel, c’était notre « char », vers les années 1970. C’était presque un char d’assaut, en fait : passait partout mais ben inconfortable, et en plus « frette » en hiver. Ou alors un gros bateau (ça tanguait ça, monsieur, ou-la-la!). Les shocks (lire amortisseurs et prononcer tcho-que)  « valaient pas cinq “cennes” » là-dessus, pis dans les chemins de terre ou de « gravelle », ça valdinguait solide.

Généralement, c’est papa qui conduisait. Mais pour aller au « magasin » (lire épicerie) ou acheter du tissu chez madame Frigon (elle cousait [à la machine ou à la main] pratiquement tout ce qui pouvait se coudre dans la maison, des courtepointes à nos vêtements), bref pour faire ses propres petites « commissions », maman la conduisait. Et comment!

Vous auriez dû la voir au volant. Ah! ça valait cent « piasses »! Une tit’ femme de 110 lb (4,5 kg) tout habillée et de 5 pi 1 po (1,55 m) de haut assise au bord de la grande banquette en « cuirette » frette en hiver cramponnée au volant du mastodonte. Il faut dire que les sièges baquets n’avaient pas encore fait leur apparition à cette époque, et que la banquette était tout d’une pièce, ne s’ajustait que d’avant en arrière et était conçue de toute évidence pour une conduite et des jambes « d’homme ». Alors pour atteindre les pédales, maman s’accrochait au volant, se collant la poitrine dessus, les fesses reposant — si peu — sur le bord la banquette frette en hiver, le pied gauche appuyé au sol, et s’étirait la jambe droite loin sous le volant afin d’atteindre la pédale de « gaz » (lire l’accélérateur), le « brake » (lire le frein) ou la « clutch » (lire la pédale d’embrayage). [On voit bien qu’il était temps que l’Office québécois de la langue française voie le jour, et qu’il a fait un gros travail de francisation dans le domaine de l’automobile depuis ces années.] Dans ces moments, on aurait dit qu’il n’y avait pas de « chauffeur » à bord, ses yeux dépassant à peine le dessus du « dash » (lire tableau de bord) et elle regardait la route à travers les barreaux du volant et le « windchire » (lire pare-brise). Mais elle s’en tirait admirablement pour sa grandeur.

La direction de la Panel avait également été pensée pour les hommes. Déjà, papa, qui avait du nerf, devait y aller fermement pour tourner le volant. Mais maman, ah, maman, fallait la voir forcer comme un bœuf (prononcer beu) pour le tourner. Elle y plaçait les mains à 11 h pour tourner à gauche, par exemple, puis se soulevait à moitié debout, toujours cramponnée-collée au volant pour mettre tout son poids et réussir à faire tourner les roues de la  « machine ». C’était tout un exercice, surtout en hiver. Mais elle y arrivait toujours, ses yeux noirs vifs vérifiant tout à la fois, son visage exprimant sa concentration extrême devant la difficulté de l’exercice et sa détermination à « faire un homme d’elle », surtout en présence des enfants.

Ça la stressait passablement, je pense, mais ce n’était pas une mécanique qui allait avoir raison d’elle.

Enfin, j’ai composé, sur l’air de la chanson Rock pour un gars d’bicyc’ que la Dufresne interprète [sur YouTube à http://www.youtube.com/watch?v=x9xqn2_eO3M&html5=1], un texte que la première phrase de cette chanson m’a inspiré et qui me fait penser invariablement à quand maman conduisait la Panel. Ma chanson s’intitule Ôtez-vous de d’là, c’est Maria qui passe! Cela va comme suit, et si j’en ai le courage, un jour, je vous en ferai une interprétation de mon cru.

Ôtez-vous de d’là, c’est Maria qui passe!

Ôtez-vous de d’là, c’est Maria qui passe,
À fait rien qu’un mille, pis tout l’monde se tasse.
J’sé d’où cé qu’à vient, pis y’où c’qu’à s’en va,
Mais moé ça m’fait rien, c’pas à Obaska.

À vient du Rang 8, où c’que l’monde trépasse,
Cé-tu l’saint Esprit, ou ben la Callas.
À l’a l’mêm’ prénom, pis les mêmes yeux nouèr’,
Au-d’sus du stéring, sont ben dur à vouèr’.

Ôtez-vous de d’là, c’est Maria qui passe,
Avec la machine, à traverse l’espace.
C’pas la Batmobile, c’est ben moins génial,
Quand on va en ville, su’a rue Principale.

Woh woh woh woh woh woh
Woh woh woh woh woh woh

Ôtez-vous de d’là, quand à pés’ su l’gaz,
Un nuage d’exâsse, les fleurs à les rase.
Ça valdingue un coup, comme un gros bateau,
En mer agitée, t’oublies pas d’sitôt.

Pis on la remarque, quand à passe dans place,
Avec son gros char, à comme une cuirasse.
Dans sa carapace, ein comme une tortue,
On y’i voué pas ‘a tête, de l’aut’ bord d’la rue.

Quand à tourne un coin, j’vous dis que ça brasse,
Quand à passe la track, on a peur qu’à casse.
Mais à tient le coup, et comme un pigeon
Flye jusqu’à l’aut’ bout’, chez madame Frigon.

Ôtez-vous de d’là, c’est Maria qui passe,
Avec la Panel, à r’franchit l’espace.
À r’vient à maison, sans s’casser la yeule,
P’pa est ben content, pis y’é pas tu seul.

Woh woh woh woh woh woh
Woh woh woh woh woh woh
Escusez-la!


Pour les personnes que ça intéresse, voici un lien qui conduit sur le site de la ville de Senneterre, en Abitibi.

Dans nos vieilles maisons

À Grégoire, qui a gardé son cœur d’enfant.
aquarelle-chaise-bercante-artiste-dominique-fortier-watercolor. Chaise berçante sur un tapis tressé dans une vieille maison québécoise - vieux poêle à bois, portes doubres, bombe bouilloire - décorations de Noël dans le temps des Fêtes, ange et sapin et canne en bonbon et lumières et boules. Rocking chair on a braided rug in an old French Canadian house, with a wood stove during Christmas time.

Dominique Fortier
Dans nos vieilles maisons, 2013
Aquarelle sur papier à grain fin
18 x 12 cm
SPI
Le titre de l’aquarelle que vous voyez m’est venu de la chanson Dans nos vieilles maisons, interprétée par Muriel Millard, du temps de l’émission Soirée canadienne (dans les années 1960), que mon père écoutait religieusement toutes les semaines et qui se fâchait parce qu’on se moquait de lui.

Voici d’abord l’interprétation par Muriel Millard, l’originale et classique (accompagnée des paroles), suivie de celle qu’en a faite le groupe La Bottine Souriante sur le disque La Mistrine (1994), que j’adore pour son adaptation moderne, son entrain, les cuivres et la voix sans pareille d’Yves Lambert. Remarquez la croix noire (la croix de tempérance) dans les deux vidéos. Elles étaient partout dans « les bonnes maisons canadiennes ».

La Bottine Souriante sur le disque La Mistrine (1994)

Et comme j’étais en train de terminer mon aquarelle dont la figure centrale est la chaise berçante, on a annoncé le décès de Frédéric Back. Puis on a montré des extraits de Crac!, son film d’animation qui porte sur une chaise berçante et ce qu’il advient d’elle au fil du temps. Me sont revenus toutes sortes de souvenirs de coutumes et d’objets anciens liés à la société québécoise et à ses vieilles maisons. Le thème est si proche de ce que je voulais illustrer (le brio de Frédéric Back en moins) que je n’ai pas pu résister au plaisir de l’intégrer à mon billet de fin d’année. En hommage donc à ce créateur immense qui a aimé le Québec comme s’il y était né, et surtout qui a su en percevoir et en décrire l’âme de manière si juste et si poétique. Adieu monsieur Back, vous allez nous manquer.

PAROLES (Muriel Millard) :
Si vous voyagez un brin du côté de Saint-Quentin
Dites bonjour à mes parents qui habitent le cinquième rang.
Vous pouvez pas les manquer, prenez le chemin pas pavé
Près de la maison vous verrez, y’a une croix qu’on a plantée.
En vous voyant arriver, maman ôtera son tablier
Et dira : « Mais entrez donc, passez donc dans le salon ».
Les planchers tout frais cirés qu’on ose à peine marcher
Un bouquet de fleurs des champs embaume l’appartement.
Que c’est charmant chez nos parents
Ce que ça sent bon dans nos vieilles maisons.

Sitôt que vous serez entrés, il faudra vous dégreiller [sic]
On vous garde pour le souper, car ce soir y’a une veillée
On vide la chambre des garçons, roule le tapis du salon
Heureux, le père tire une bouffée en attendant les invités.
Les voisins arrivent gaiement avec leur douzaine d’enfants.
On monte en-haut les coucher, cinq par lit, on est tassés.
Quand ils sont tous endormis, on ferme la porte sans bruit
On descend le cœur joyeux en entendant les violoneux.
Ah! ce que c’est gai dans nos veillées
Ce que ça sent bon dans nos vieilles maisons.

Pour ceux qui prennent un petit coup, papa sort son caribou
Quand on est bien réchauffés, on s’invite pour danser
Ti-Jean avec Joséphine, le grand Jos et Caroline
Thérèse avec Poléon et puis les maîtres de la maison.
Les violons sont accordés, les musiciens tapent du pied
C’est Nésime (Titine) qui va câler le premier set de la veillée.
Swinger là sur ce plancher-là, les gigueux sont un peu là
Thérèse qui étouffait est allé ôter son corset
Dansons gaiement, c’est le bon temps
Du rigodon dans nos vieilles maisons.

Et pis c’est le temps du réveillon, la mère a fait des cretons
Du ragoût de pattes de cochons, des tourtières, du jambon
Pour dessert, y’a sur la table, notre bon sirop d’érable
Des beignes, de la crème d’habitant,
Les ceintures changent de cran.

Après avoir trop mangé qu’on peut à peine souffler
Des histoires on va conter : rire ça fait digérer
Déjà cinq heures du matin, la veillée tire à sa fin
On réveille les enfants, on s’dit : « Au revoir » en baîllant
Au Canada, ça s’passe comme ça
La vie a du bon, dans nos vieilles maisons.

C’est la tradition dans nos vieilles maisons.
(Excusez-la!)
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Sources :
Vidéo et paroles de Muriel Millard tirées de YouTube :
http://www.youtube.com/watch?v=Fort1F642-s&html5=1
Site de La Bottine Souriante pour la discographie : http://www.bottinesouriante.com/discogaphie-2683-fr.html
Site de Frédéric Back :
http://www.fredericback.com/cineaste/filmographie/crac/media_synopsis_V_1237.fr.shtml