L’évolution du nom Inuit au fil du temps

inukshuk
Photo : Michelle Ou

Saviez-vous que le terme Inuit sans s, à une certaine époque, était pluriel, et que son singulier était le mot Inuk? En effet, on disait « des Inuit » (le mot Inuit signifie « les personnes, les gens » en inuktitut; par conséquent, il est déjà au pluriel) et « un ou une Inuk » (le mot Inuk signifie « une personne » en inuktitut, et ne fait pas la distinction entre le masculin et le féminin).

Mais d’abord, remontons le temps, parce que l’évolution, ça ne se fait pas en un jour. Le nom Inuit a remplacé le nom d’origine algonquienne Esquimau, qui signifie « mangeur de viande crue ». Cela, tout le monde le sait et le comprend : « mangeur de viande crue » est considéré comme péjoratif.

Toutefois, comme « y’en a jamais de facile », les noms Esquimau, n. m., et Esquimaude, n. f., ainsi que les adjectifs qui leur correspondent, sont encore utilisés en français dans des contextes archéologiques et historiques*. (Ne jamais oublier cet aspect en rédaction, révision ou traduction de textes [voir, à ce sujet, un billet précédent intitulé L’Estrie – Histoire, toponymie et terminologie].) Voilà, dans ce contexte, ce que cela donnerait :

Noms propres Adjectifs
Masculin singulier un Esquimau un masque esquimau
Féminin singulier une Esquimaude une sculpture esquimaude
Masculin pluriel les Esquimaux des harpons esquimaux
Féminin pluriel les Esquimaudes les cultures esquimaudes

Voilà pour l’histoire « ancienne ancienne ». Les noms propres et les adjectifs relatifs au mot Esquimau s’accordent en genre et en nombre, comme le veut l’usage français.

Passons maintenant à l’histoire moins « ancienne ». La fiche « Inuit » que publie l’Office québécois de la langue française (OQLF) mentionne qu’au « […] Canada, depuis 1970, Inuit est l’appellation officielle qui dénomme les autochtones** d’origine asiatique et de langue inuktitute […] » dont l’habitat et la civilisation sont historiquement liés au milieu arctique*.

Puis la Loi constitutionnelle de 1982** vient reconnaître officiellement et légalement les « Inuit ». On y stipule que l’appellation « […] « peuples autochtones du Canada » s’entend notamment des Indiens, des Inuit et des Métis du Canada. » Donc Inuit sans s pour nommer les habitants de l’Arctique canadien.

Dès lors, les graphies relatives au nom Inuit et aux adjectifs qui lui correspondent prennent les formes suivantes (ils ne s’accordent pas en genre et en nombre) :

Noms propres Adjectifs
Masculin singulier un Inuk l’art inuit
Féminin singulier une Inuk la langue inuit
Masculin pluriel les Inuit des grattoirs inuit
Féminin pluriel les Inuit les femmes inuit

femmes-artistes-inuit-1994-Copyright-mcc-et-artiste. Illustration de l'évolution du mot « Inuit », qui a été longtemps sans s'accorder au féminin pour le nom, ni aux féminin singulier et pluriel ainsi qu'au masculin pluriel pour les adjectifs. Depuis 2008, toutefois, on accorde le nom et les adjectifs en Inuites, Inuits, inuit, inuite, inuits, inuites.On ne se surprendra donc pas de voir l’adjectif inuit non accordé dans le titre de l’ouvrage Femmes artistes inuit publié au Musée canadien des civilisations (MCC) en 1994***. Il faut tout simplement se replacer dans le contexte linguistique de l’époque.

Au Québec, toutefois, l’usage était très varié et plus que flottant, car les formes officielles établies à Ottawa pour cet emprunt ne correspondaient pas au système linguistique du français, qui veut qu’on accorde en genre et en nombre les noms propres et les adjectifs qui leur correspondent.

En 1997, l’OQLF recommande donc que l’on privilégie les formes suivantes, conformes à la formation des noms et des adjectifs du français :

Noms propres Adjectifs
Masculin singulier un Inuit un inukshuk inuit
Féminin singulier une Inuite la langue inuite
Masculin pluriel les Inuits des artistes inuits
Féminin pluriel les Inuites des chanteuses inuites

La recommandation de l’OQLF trouve son écho à Ottawa en 2008, le Bureau de la traduction recommandant à son tour l’accord en genre et en nombre des termes Inuit (nom propre) et inuit (adjectif).

Cette décision entraîne enfin l’uniformisation**** de la graphie française de ces mots à la grandeur du pays.


  • Fiche « Inuit » de l’Office québécois de la langue française, 2010.
    ** Au sujet du traitement différent de certains mots ou de la typographie au provincial (Québec) et au fédéral (Ottawa), voir un billet précédent intitulé Tenir compte de l’ordre de gouvernement pour lequel on travaille.
    *** Note : C’est sur le document de travail Les noms de groupes amérindiens et esquimaux/Indian and Eskimo Groups Names, réalisé au Musée national de l’Homme (MNH) — référence en matière de graphie amérindienne et inuite, à l’époque — en 1982, que s’est appuyé le Service de révision du Musée canadien des civilisations — le descendant du MNH — pour rédiger les articles traitant des noms amérindiens et inuits dans son propre document de travail intitulé Manuel de rédaction – Musée canadien des civilisations, en 1994.
    **** La fiche « Les règles d’accord du mot Inuit » (onglet BT-Canada − Inuit-Inuk), publiée sur le site de la CEFAN (Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d’expression française en Amérique du Nord) de l’Université Laval, résume le cheminement de ce nom et présente ses équivalents anglais.

Le présent billet est également publié dans L’Hebdomadaire des réviseurs, le blogue officiel de l’Association canadienne des réviseurs. ⎮This post is also published in The Editors’ Weekly, the official blog of the Editors’ Association of Canada.

 

Les faux amis

faux-amis-crayons_false-fake-friends-pencils. Image illustrant le concept des faux amis. Crayons jaune orange qui deviennent de plus en plus rouge dans l'ombre. Réalisation par Dominique Fortier. Illustration of the false friends, or fake friends concept. Orange pencil showing a darker/less known/red face. Realisation by Dominique Fortier, French editor.Le mot le dit : des hypocrites, des spécialistes de l’esbroufe, des faux jetons. Ils font partie de notre paysage quotidien, nous collent aux baskets, nous jettent de la poudre aux yeux. Ils nous sourient, toujours prêts à nous aider, toujours disponibles. Ils ont l’air vrais, sincères, mais ce n’est que façade. En réalité, ils sont bien contents lorsque, à leur contact, la langue ou le crayon nous fourche et qu’on tombe dans le piège. Ils nous font dire ou écrire des bêtises. Des ratés sympathiques qui se trouvent « ben fins », je vous dis. Et dans un pays ou le bilinguisme est de rigueur, ils sont légion.

Les faux amis font partie de la catégorie des anglicismes (anglicismes sémantiques). Ce sont des mots qui présentent une ressemblance de forme avec des mots français sans avoir le même sens. faux-amis-exemples_false-friends-examples. Concept et réalisation - Concept and realization - Dominique Fortier. Réviseure - French Editor.Ils trompent souvent les usagers du français, mais également ceux de l’anglais, dans l’autre sens (voir à ce sujet l’article de Jacqueline Dinsmore intitulé La révision dans un pays bilingue). Les politiques adorent les faux amis. Ils y ont recours à qui mieux mieux. Ainsi sont-ils les premiers à identifier les problèmes que comporte un dossier sensible, et à les adresser, alors qu’ils devraient plutôt déceler ou mettre le doigt sur ou cerner les problèmes que comporte un dossier épineux ou délicat, et s’en occuper. Normal, c’est à leur agenda, autrement dit leur programme. Et par-dessus le marché, ils sont toujours très confiants qu’assistés de leurs aviseurs, ils vont réussir à les régler, ces « saprés » problèmes. En réalité, ils veulent dire qu’ils sont certains ou convaincus, ou qu’ils ont bon espoir, à l’aide de leurs conseillers, de pouvoir régler les dits « saprés » problèmes. On voit que le français est riche en équivalents corrects pour remplacer certains de ces anglicismes. Le monde de l’administration, de l’économie et du commerce n’est pas en reste. Que dire des personnes, des organismes ou des entreprises qui comptent bien employer des mesures drastiques (une médecine de cheval, qui va faire c… à coup sûr!) pour redresser la situation du marché domestique (citoyens et citoyennes, protégez votre foyer de la gastro!) canadien. faux-ami-confortable_false-friend-comfortable. Saviez-vous que le mot confortable, en français, ne peut qualifier que des choses comme un fauteuil, par exemple, jamais des personnes. Dominique Fortier, réviseure. In French, the word confortable can be used only with things, never with people.Cela purgerait moins les malades si l’on prenait des mesures draconiennes ou énergiques ou rigoureuses ou encore contraignantes pour redresser la situation du marché intérieur du pays. Et le bouquet, c’est que, si vous n’êtes pas confortable avec cette action, vous devrez vous adresser au Secrétariat du commerce domestique (oups! intérieur). En fait, l’idée, c’est que si cette mesure vous pose problème, c’est au Secrétariat du commerce intérieur qu’il faut vous adresser. faux-ami-institution_false-friend. Le mot institution, en français, ne s'emploie pas pour parler d'un établissement scolaire ou d'enseignement. Dominique Fortier, réviseure. The word institution, in French, can not be used, as in English, to speek about a learning institution or an educational institution. Dominique Fortier, French Editor.Il existe des dizaines de ces anglicismes de sens, insidieux et trompeurs, dans notre univers bilingue, et certains sont particulièrement difficiles à identifier (repérer, déceler, détecter, découvrir, trouver, relever, cerner, reconnaître). En avez-vous déjà laissé passer?

What is a French Editor?

Following are the definitions of the words Editor, Copy Editor, Proofreader, Reader and Corrector. The French Editor (réviseure or réviseur in French) does the same job as the English one, with texts translated from English into French, insuring that the final texts in English and French match each other.

Definitions from TERMIUM Plus®
editor, copy editor
A person whose work is editing and correcting the grammar, punctuation, etc. of articles or manuscripts, as in a newspaper office or publishing house.

Also
proofreader, reader, corrector
A person who reads (copy or printer’s proofs) to detect and mark errors to be corrected.

Français
réviseur, réviseure