Les faux amis

faux-amis-crayons_false-fake-friends-pencils. Image illustrant le concept des faux amis. Crayons jaune orange qui deviennent de plus en plus rouge dans l'ombre. Réalisation par Dominique Fortier. Illustration of the false friends, or fake friends concept. Orange pencil showing a darker/less known/red face. Realisation by Dominique Fortier, French editor.Le mot le dit : des hypocrites, des spécialistes de l’esbroufe, des faux jetons. Ils font partie de notre paysage quotidien, nous collent aux baskets, nous jettent de la poudre aux yeux. Ils nous sourient, toujours prêts à nous aider, toujours disponibles. Ils ont l’air vrais, sincères, mais ce n’est que façade. En réalité, ils sont bien contents lorsque, à leur contact, la langue ou le crayon nous fourche et qu’on tombe dans le piège. Ils nous font dire ou écrire des bêtises. Des ratés sympathiques qui se trouvent « ben fins », je vous dis. Et dans un pays ou le bilinguisme est de rigueur, ils sont légion.

Les faux amis font partie de la catégorie des anglicismes (anglicismes sémantiques). Ce sont des mots qui présentent une ressemblance de forme avec des mots français sans avoir le même sens. faux-amis-exemples_false-friends-examples. Concept et réalisation - Concept and realization - Dominique Fortier. Réviseure - French Editor.Ils trompent souvent les usagers du français, mais également ceux de l’anglais, dans l’autre sens (voir à ce sujet l’article de Jacqueline Dinsmore intitulé La révision dans un pays bilingue). Les politiques adorent les faux amis. Ils y ont recours à qui mieux mieux. Ainsi sont-ils les premiers à identifier les problèmes que comporte un dossier sensible, et à les adresser, alors qu’ils devraient plutôt déceler ou mettre le doigt sur ou cerner les problèmes que comporte un dossier épineux ou délicat, et s’en occuper. Normal, c’est à leur agenda, autrement dit leur programme. Et par-dessus le marché, ils sont toujours très confiants qu’assistés de leurs aviseurs, ils vont réussir à les régler, ces « saprés » problèmes. En réalité, ils veulent dire qu’ils sont certains ou convaincus, ou qu’ils ont bon espoir, à l’aide de leurs conseillers, de pouvoir régler les dits « saprés » problèmes. On voit que le français est riche en équivalents corrects pour remplacer certains de ces anglicismes. Le monde de l’administration, de l’économie et du commerce n’est pas en reste. Que dire des personnes, des organismes ou des entreprises qui comptent bien employer des mesures drastiques (une médecine de cheval, qui va faire c… à coup sûr!) pour redresser la situation du marché domestique (citoyens et citoyennes, protégez votre foyer de la gastro!) canadien. faux-ami-confortable_false-friend-comfortable. Saviez-vous que le mot confortable, en français, ne peut qualifier que des choses comme un fauteuil, par exemple, jamais des personnes. Dominique Fortier, réviseure. In French, the word confortable can be used only with things, never with people.Cela purgerait moins les malades si l’on prenait des mesures draconiennes ou énergiques ou rigoureuses ou encore contraignantes pour redresser la situation du marché intérieur du pays. Et le bouquet, c’est que, si vous n’êtes pas confortable avec cette action, vous devrez vous adresser au Secrétariat du commerce domestique (oups! intérieur). En fait, l’idée, c’est que si cette mesure vous pose problème, c’est au Secrétariat du commerce intérieur qu’il faut vous adresser. faux-ami-institution_false-friend. Le mot institution, en français, ne s'emploie pas pour parler d'un établissement scolaire ou d'enseignement. Dominique Fortier, réviseure. The word institution, in French, can not be used, as in English, to speek about a learning institution or an educational institution. Dominique Fortier, French Editor.Il existe des dizaines de ces anglicismes de sens, insidieux et trompeurs, dans notre univers bilingue, et certains sont particulièrement difficiles à identifier (repérer, déceler, détecter, découvrir, trouver, relever, cerner, reconnaître). En avez-vous déjà laissé passer?

What is a French Editor?

Following are the definitions of the words Editor, Copy Editor, Proofreader, Reader and Corrector. The French Editor (réviseure or réviseur in French) does the same job as the English one, with texts translated from English into French, insuring that the final texts in English and French match each other.

Definitions from TERMIUM Plus®
editor, copy editor
A person whose work is editing and correcting the grammar, punctuation, etc. of articles or manuscripts, as in a newspaper office or publishing house.

Also
proofreader, reader, corrector
A person who reads (copy or printer’s proofs) to detect and mark errors to be corrected.

Français
réviseur, réviseure

 

L’Estrie – Histoire, toponymie
et terminologie

Village au fond de la vallée : aquarelle sur papier à grain fin, 18 x 12 cm. Artiste : Dominique Fortier. (sapins, église, maisons, couronne, clôture de bois, thème de Noël). Illustre l'article L’Estrie – Histoire, toponymie et terminologie, rédaction par Dominique Fortier (réviseure - French Editor), publié dans le blogue L'Hebdomadaire des réviseurs sur le site de l'Association canadienne des réviseurs. Paru le 4 décembre 2013. Watercolour (small village that could be in Eastern Townships, with a church and houses, during Christmas time) by artist that wrote the post on Estrie for the blog of The Editors' Association of Canada named The Editors' Weekly. Published on December 4, 2013.
Village au fond de la vallée

Dans un article précédent, j’ai abordé les toponymes Estrie et Cantons-de-l’Est sous leur angle actuel, en tant que région administrative ou touristique.

Mais voyons ce qu’il en est de l’occupation du territoire de cette région et des aménagements linguistiques qui en ont découlé au fil du temps.

1792-1857 : À la fin du XVIIIe siècle, le gouvernement colonial du Bas-Canada (Québec) crée un comté destiné « à tous ceux qui désirent s’établir sur les terres de la Couronne dans la Province du Bas-Canada », c’est-à-dire aux loyalistes et aux colons britanniques, écossais et irlandais qui ne désirent pas s’intégrer au régime des seigneuries. Le premier canton concédé est celui de Dunham, au nord du lac Champlain, créé en 1796, mais ce n’est qu’une dizaine d’années plus tard que la région prend le nom officiel d’Eastern Townships of Lower Canada (Québec), par opposition aux Western Townships of Upper Canada, créés au Haut-Canada (Ontario). Ce nom sera bientôt simplifié en Eastern Townships1.

région historique des Eastern Townships : Illustration tirée de la page Cantons-de-l’Est ou Estrie? de la CEFAN. L’occupation du territoire influe sur l’évolution terminologique d’un toponyme. Dominique Fortier remonte le temps et refait le chemin parcouru par les appellations Eastern Townships, Cantons de l’Est et Cantons-de-l’Est pour parvenir à la forme actuelle Estrie. Article publié dans le blogue L’Hebdomadaire des réviseurs de l'Association canadienne des réviseurs / Post published on the blog The Editors’ Weekly from The Editors' Association of Canada.
La région historique des Eastern Townships comprend grosso modo tous les cantons qui s’étendent depuis le Richelieu à l’ouest jusqu’à la Chaudière en Beauce et l’Etchemin à l’est, près de la frontière américaine, ainsi que les concessions situées hors des seigneuries traditionnelles en bordure du Saint-Laurent au nord et la frontière américaine au sud.
Illustration tirée de la page Cantons-de-l’Est ou Estrie? de la CEFAN.

Les loyalistes s’établissent dans plusieurs des cantons voisins des États actuels du Maine, du New Hampshire et du Vermont — d’où les nombreuses dénominations anglaises en Estrie — dès la fin du XVIIIe siècle. Les Britanniques et les Canadiens français, ces derniers surtout vers le milieu du XIXe siècle — l’expression va alors se franciser —, s’y installent à leur tour.

1858-1965 : L’appellation Cantons de l’Est, qui traduit « Eastern Townships », est lancée par Antoine Gérin-Lajoie, puis adoptée dans son roman Jean Rivard (1862‑1864).

1946 : Mgr Maurice O’Bready, secrétaire général de la Société historique des Cantons de l’Est, qui deviendra la Société d’histoire de Sherbrooke, crée le terme Estrie. Le toponyme Estrie a retenu l’élément est auquel on a ajouté la finale trie; celle-ci caractérise certains noms anciens de la langue romane comme Neustrie en France, qui signifiait « région qui n’est pas à l’est ». Selon monseigneur O’Bready, « la désinence trie porte elle-même un sens bien adapté : une trie est une “terre riche et féconde” »2.

1966-1980 : L’appellation Cantons-de-l’Est est le premier nom à désigner les régions administrative et touristique de l’Estrie.

1981- : L’expression Cantons-de-l’Est s’utilise toujours pour parler de la région touristique (voir Dans quelle région se trouve Lac-Mégantic? En Estrie ou dans les Cantons-de-l’Est? pour le découpage du territoire touristique).

1981- : Le terme Estrie remplace Cantons-de-l’Est dans la désignation de la région administrative (voir Dans quelle région se trouve Lac-Mégantic? En Estrie ou dans les Cantons-de-l’Est? pour le découpage du territoire administratif).

Le tableau qui suit présente les différentes appellations utilisées pour nommer l’Estrie au fil du temps, en français et en anglais. Il pourra servir de guide aux langagières et aux langagiers (en rédaction, en traduction ou en révision) en ce qui a trait à l’utilisation du vocable qui convient le mieux pour nommer cette région dans les textes de nature historique surtout, mais également contemporaine.

tableau-vocables-pour-nommer-lestrie-dans-les-textes-de-nature-historique, Eastern Townships, Cantons de l'Est, Cantons-de-l'Est région touristique, Estrie région administrative, réalisation et montage du tableau par Dominique Fortier, réviseure. The different names of the Estrie (Eastern Townships) region. Table prepared and edited by Dominique Fortier, French Editor, at www.revisionpro.ca
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1. Tiré de la page Cantons-de-l’Est ou Estrie? du site de la Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d’expression française en Amérique du Nord (CEFAN).

2. Tiré de la fiche descriptive de l’Estrie du site de la Commission de toponymie du Québec.

Note : Les personnes qui s’intéressent à l’appellation officielle des régions administratives et touristiques du Québec dans son ensemble peuvent consulter la page Tableau comparatif des régions administratives et touristiques du Québec sur le site de la Commission de toponymie du Québec.