La rentrée scolaire

Sell Art OnlineDominique Fortier
Monsieur le professeur / Mr. Teacher, 2016
Aquarelle sur papier à grain fin
13 x 18 cm (5 x 7 po)
Québec

Première année, premier bonheur.
Nouvelle année, nouveau bonheur.

Première année, premier malheur.
Nouvelle année, nouveau malheur.

Aller à l’école change une vie.

Dans le premier cas, le plaisir coule de source et se renouvellera.
Dans le second, c’est moins clair. Serait-ce cela, alors, l’école de la vie?

 

Déguimpes = Mon mot mystère

halloween-citrouille-mechante_bad-pumpkin-photo-dominique-fortier photo du mois
Si tu ramasses pas tes déguimpes, la citrouille va te manger, ma p’tite torrieuse!

Méchante citrouille menaçante
Photographie
Québec (Québec)

(Mis à jour le 10 juillet 2016)

Déguimpes, n. f. pl.
Prononciation : dé-guim-pes
Étymologie populaire : du fin fond de mon enfance
Étymologie : Je ne l’ai trouvé nulle part. Vient peut-être de « guimpe », le Québec étant si religieux lorsque j’étais jeune!
Signification : vêtements, tout ce qui traîne et encombre une place; généralement en tissu
Synonymes : 🎭 guenilles 🎭 choses 🎭 cossins 🎭 cochonneries

Croyez-le ou non, je n’ai trouvé ce mot nulle part dans les dictionnaires (anciens ou modernes ou québécois). Ça me surprend; ce serait donc quelque chose de strictement familial? On dirait bien. Mais ça m’étonne. Très rares sont les mots utilisés chez nous qui ne trouvaient pas leur origine dans le français ou l’anglais (par ignorance, nous ne savions pas que les mots que nous disions provenaient de l’anglais — je vous parlerai un jour des « clossepines » à maman).

Par exemple, on disait : « Ramasse tes déguimpes (féminin pluriel) » en parlant de vêtements qui traînaient ça et là, le plus souvent sur le plancher, dans une chambre, ou encore de choses petites ou grosses qui encombraient une pièce où l’on était assigné à faire le ménage. C’était péjoratif, on levait un peu le nez sur ces articles qui ne nous appartenaient pas et que l’on ne voulait surtout pas ramasser et aller ranger à la place de la ou du propriétaire.

Appel à toutes et à tous

Si vous connaissez ce mot, que vous l’avez déjà entendu et dit, faites-le-moi savoir. J’aimerais vraiment savoir d’où il vient. ;-))

Débrêlé, ée

Sell Art Online
Dominique Fortier
Mode automnale 🎃 Fall Fashion
[Aurait pu s’appeler Épouvantail débrêlé]
(C’est un pléonasme, hein? C’est un pléonasme.)
Photographie
Québec (Québec)

À la demande presque générale (deux sur six-sept abonnés [hi! hi! hi!]), voici un article avec « pas de langue de bois » sur un mot qui m’intéresse.
Débrêlé, ée adjectif
⚓️Prononciation : dé-brê-lé
⚓️Étymologie populaire : du fin fond de mon enfance
⚓️Étymologie : Pour débraillé (dont le sens me semble le plus près de débrêlé), voici ce que le Bloch von Vartburg[1] donne comme étymologie :
Débrailler v.
Usuel surtout au participe passé, 1549 (sous la forme
desbraillé). Dérivé de l’ancien français braiel « ceinture », d’où brail, chez Froissart, dérivé lui-même de braie; débraillé signifie proprement « dont la ceinture qui retient les braies est dénouée ». [d’où le rapprochement avec l’exemple du Glossaire : Pourquoi ne mets-tu pas des bretelles? tu as toujours l’air débrélé = ta tenue a toujours l’air négligée.]
⚓️Signification : Débraillé, déboutonné, dont la tenue est négligée, dont les vêtements sont défaits
⚓️Synonymes : 🎭 débraillé, 🎭 déboutonné

Les mots que j’aime le plus sont, souvent, ceux qui ne figurent dans aucun dictionnaire de langue moderne. Ils me viennent de l’enfance, l’école et la télé n’ayant pas encore eu le temps de nous « normaliser ». Ils sont en grande partie de l’oralité, de la filiation paternelle (côté papa, c’était la belle élocution rurale de la Beauce ou de Dorchester doublée d’une lignée de maîtresses d’école sages, obéissantes, retenues et un peu classes) ou maternelle (côté maman, verbo-motrice carabinée non instruite, un peu impolie, un peu délinquante, très décidée et intelligente comme un singe : a tout appris seule).

J’aime la langue des vieux, des vieux mots, des vieux dictionnaires — parce que, faut pas croire qu’ils sortent de nulle part, les mots qu’on a appris à dire au berceau. Non, faut pas croire.

Voilà ce que j’ai trouvé au sujet de « débrêlé ». Pour moi, c’est le Glossaire du parler français au Canada[2] qui donne la définition la plus juste de l’emploi que nous en faisions à la maison :
Débrêlé, ée (debrelé) adj.
Débraillé, déboutonné, dont la tenue est négligée, dont les vêtements sont défaits.
Ex. : Pourquoi ne mets-tu pas des bretelles? tu as toujours l’air débrélé = ta tenue a toujours l’air négligée.
Dial. – Débrélé = dont les habits ne tiennent plus, ont été tiraillés, en Anjou [chez nous, c’était comme ça, sauf pour la prononciation; on disait « débrêlé »]; se débréler = se déculotter, en Normandie [chez nous, on n’employait pas le mot « débrêlé » dans ce sens].

Le Dulong[3] mentionne sensiblement la même chose, sauf qu’il introduit la notion de « débrêlage » dans le vêtement :
Débrélé, ée adj.
En piteux état, en parlant d’un vêtement et aussi de la personne qui porte ce vêtement, débraillé.
Ex : Ne va pas faire tes courses débrélé comme ça, habille-toi autrement! (Lanaudière)

Pour nous autres, en Abitibi, on ne parlait jamais d’un vêtement, mais bien d’une personne. Par exemple, on disait : « T’es donc ben débrêlée à matin! », mais jamais : « Ta robe est donc ben débrêlée ».

On parlait souvent des filles ainsi, moins des garçons, probablement parce que les filles, ça DOIT toujours être tirées à quatre épingles, être coquettes (ça, c’est mon petit côté sociologue, ou « psychologue à cinq cennes »).

Ça fa que, quand vous sortez, les filles, habillez-vous comme du monde. Vous allez mal paraître si vous êtes débrêlées (sous-entendu : Vous pognerez pas pantoute!).

Si vous connaissez ce mot, que vous l’avez déjà entendu et dit, faites-le-moi savoir. J’aimerais enrichir ma collection de « provenances ». ;‑))


[1] BLOCH, Oscar, et Walther VON WARTBURG, Dictionnaire étymologique de la langue française, Paris, PUF (1932), 1re édition « quadrige », 2002, 682 p.
[2] LA SOCIÉTÉ DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA. Glossaire du parler français au Canada, Québec, Presses de l’Université Laval, 1968, 709 p.
[3] DULONG, Gaston. Dictionnaire des canadianismes, nouvelle édition revue et augmentée, Sillery (Québec), Les éditions du Septentrion, 1999, 549 p.