L’accord des adjectifs de couleur

La nature et les arbres, à l’automne, parent le paysage de mille couleurs, plus belles les unes que les autres. Parmi les arbres, les érables se distinguent. Ils sont particulièrement hauts en couleur.

Chaque année, le plaisir visuel se renouvelle. Quiconque se promène dehors se prend à chercher :

  • 1. qui des feuilles rouges (1), cramoisies (1), jaunes (1), brunes (1), écarlates (1a), pourpres (1a), incarnates (1a), vermeilles (1a) ou fauves (1a);

RÈGLE de l’accord :

  • 1. Les adjectifs de couleur simples s’accordent en genre et en nombre.
  • 1a. Certains noms fréquemment utilisés comme adjectifs de couleur sont considérés comme des adjectifs à part entière et, de ce fait, s’accordent en genre et en nombre avec le nom auquel ils se rapportent. Ces adjectifs sont : écarlate, fauve, incarnat, mauve, pourpre, rose et vermeil.
october-post-fall-colours-square_couleurs-d'automne
Une feuille de chêne brune figure sur cette photo aux couleurs d’automne (1).
  • 2. qui des feuilles aux teintes dorées (2), cuivrées (2), jaunâtres, brunâtres (2), mordorées (2), orangées (2), violacées (2);

RÈGLE de l’accord :

  • 2. Les adjectifs dérivant d’adjectifs ou de noms de couleur s’accordent en genre et en nombre.
Feuille d'érable dans des tons cuivrés. Photo de Dominique Fortier réviseuse réviseure
Feuille d’érable dans des tons cuivrés (2).
  • 3. qui des feuilles jaune pâle (3), jaune maïs (3), jaune citron (3), jaune doré (3), jaune foncé (3), rouge tomate (3), rouge vin (3), jaune-vert (3a), brun-jaune (3a), violet-rouge (3a), brun-noir (3a), jaune et vert (3b – les deux couleurs sont sur une même feuille), orange et vermeil (3b), brun et jaune (3b);

RÈGLE de l’accord :

  • 3. Les adjectifs composés (avec un autre adjectif ou un nom) sont invariables.
  • 3a. On emploie le trait d’union lorsque deux adjectifs de couleur simples sont juxtaposés.
  • 3b. Les adjectifs de couleur coordonnés pour qualifier un seul nom sont également invariables.
Potiron giraumon rouge et blanc. Photo par Dominique Fortier, réviseuse réviseure
Potiron à couronne rayée rouge et blanc (3b).
  • 4. qui des feuilles or (4a), paille (4a), orange (4a), bourgogne (4a), bordeaux (4a), grenat (4a), fuchsia (4a), garance (4a), acajou (4a), aubergine (4a), bronze (4a), cachou (4a), havane (4a), cuivre (4a), vermillon (4a), rouille (4a), caramel (4a), chocolat (4a), lie de vin (4b), sang de bœuf (4b), caramel brûlé (4b), café au lait (4b), terre de Sienne (4b).

RÈGLE de l’accord :

  • 4. Les noms simples (4a) ou composés (4b) employés comme adjectifs pour désigner une couleur sont invariables.
citrouille-orange-coiffee-dun-chapeau-fuchsia chapeau de sorcière photo par Dominique Fortier, réviseuse réviseure
Citrouille orange (4a) surmontée d’un chapeau de sorcière fuchsia (4a) à voilette en toile d’araignée noire (1).

Et quiconque se prend à chercher des feuilles d’automne en trouvera. Des milliers. Les combinaisons sont infinies. On pourrait dire que la nature nous « en fait voir de toutes les couleurs », dans le bon sens de l’expression, tant les coloris sont variés.

Pour terminer, voici des exemples visuels d’adjectifs de couleur bien accordés, tirés du roman policier de Jean-Jacques Pelletier intitulé La faim de la Terre (publié en 2012).

3-adjectifs-de-couleurs-bien-accordes-JJPelletier________________________________________________________________

Pour en savoir plus ou pour plus d’exemples concernant l’accord des adjectifs de couleur ou des noms représentant des couleurs :

Liste d’adjectifs de couleur de l’Office québécois de la langue française, dont certains constituent de réelles difficultés. Le tableau indique, pour chaque adjectif, le masculin singulier, le masculin pluriel, le féminin singulier et le féminin pluriel. Divers liens, sur cette page, mènent à des points précis de l’accord des adjectifs de couleur.

VILLERS, Marie-Éva de. Multidictionnaire de la langue française, 5éd., [cédérom], Montréal, Québec Amérique, 2009. Tableau Adjectifs de Couleur.

L’évolution du nom Inuit au fil du temps

inukshuk
Photo : Michelle Ou

Saviez-vous que le terme Inuit sans s, à une certaine époque, était pluriel, et que son singulier était le mot Inuk? En effet, on disait « des Inuit » (le mot Inuit signifie « les personnes, les gens » en inuktitut; par conséquent, il est déjà au pluriel) et « un ou une Inuk » (le mot Inuk signifie « une personne » en inuktitut, et ne fait pas la distinction entre le masculin et le féminin).

Mais d’abord, remontons le temps, parce que l’évolution, ça ne se fait pas en un jour. Le nom Inuit a remplacé le nom d’origine algonquienne Esquimau, qui signifie « mangeur de viande crue ». Cela, tout le monde le sait et le comprend : « mangeur de viande crue » est considéré comme péjoratif.

Toutefois, comme « y’en a jamais de facile », les noms Esquimau, n. m., et Esquimaude, n. f., ainsi que les adjectifs qui leur correspondent, sont encore utilisés en français dans des contextes archéologiques et historiques*. (Ne jamais oublier cet aspect en rédaction, révision ou traduction de textes [voir, à ce sujet, un billet précédent intitulé L’Estrie – Histoire, toponymie et terminologie].) Voilà, dans ce contexte, ce que cela donnerait :

Noms propres Adjectifs
Masculin singulier un Esquimau un masque esquimau
Féminin singulier une Esquimaude une sculpture esquimaude
Masculin pluriel les Esquimaux des harpons esquimaux
Féminin pluriel les Esquimaudes les cultures esquimaudes

Voilà pour l’histoire « ancienne ancienne ». Les noms propres et les adjectifs relatifs au mot Esquimau s’accordent en genre et en nombre, comme le veut l’usage français.

Passons maintenant à l’histoire moins « ancienne ». La fiche « Inuit » que publie l’Office québécois de la langue française (OQLF) mentionne qu’au « […] Canada, depuis 1970, Inuit est l’appellation officielle qui dénomme les autochtones** d’origine asiatique et de langue inuktitute […] » dont l’habitat et la civilisation sont historiquement liés au milieu arctique*.

Puis la Loi constitutionnelle de 1982** vient reconnaître officiellement et légalement les « Inuit ». On y stipule que l’appellation « […] « peuples autochtones du Canada » s’entend notamment des Indiens, des Inuit et des Métis du Canada. » Donc Inuit sans s pour nommer les habitants de l’Arctique canadien.

Dès lors, les graphies relatives au nom Inuit et aux adjectifs qui lui correspondent prennent les formes suivantes (ils ne s’accordent pas en genre et en nombre) :

Noms propres Adjectifs
Masculin singulier un Inuk l’art inuit
Féminin singulier une Inuk la langue inuit
Masculin pluriel les Inuit des grattoirs inuit
Féminin pluriel les Inuit les femmes inuit

femmes-artistes-inuit-1994-Copyright-mcc-et-artiste. Illustration de l'évolution du mot « Inuit », qui a été longtemps sans s'accorder au féminin pour le nom, ni aux féminin singulier et pluriel ainsi qu'au masculin pluriel pour les adjectifs. Depuis 2008, toutefois, on accorde le nom et les adjectifs en Inuites, Inuits, inuit, inuite, inuits, inuites.On ne se surprendra donc pas de voir l’adjectif inuit non accordé dans le titre de l’ouvrage Femmes artistes inuit publié au Musée canadien des civilisations (MCC) en 1994***. Il faut tout simplement se replacer dans le contexte linguistique de l’époque.

Au Québec, toutefois, l’usage était très varié et plus que flottant, car les formes officielles établies à Ottawa pour cet emprunt ne correspondaient pas au système linguistique du français, qui veut qu’on accorde en genre et en nombre les noms propres et les adjectifs qui leur correspondent.

En 1997, l’OQLF recommande donc que l’on privilégie les formes suivantes, conformes à la formation des noms et des adjectifs du français :

Noms propres Adjectifs
Masculin singulier un Inuit un inukshuk inuit
Féminin singulier une Inuite la langue inuite
Masculin pluriel les Inuits des artistes inuits
Féminin pluriel les Inuites des chanteuses inuites

La recommandation de l’OQLF trouve son écho à Ottawa en 2008, le Bureau de la traduction recommandant à son tour l’accord en genre et en nombre des termes Inuit (nom propre) et inuit (adjectif).

Cette décision entraîne enfin l’uniformisation**** de la graphie française de ces mots à la grandeur du pays.


  • Fiche « Inuit » de l’Office québécois de la langue française, 2010.
    ** Au sujet du traitement différent de certains mots ou de la typographie au provincial (Québec) et au fédéral (Ottawa), voir un billet précédent intitulé Tenir compte de l’ordre de gouvernement pour lequel on travaille.
    *** Note : C’est sur le document de travail Les noms de groupes amérindiens et esquimaux/Indian and Eskimo Groups Names, réalisé au Musée national de l’Homme (MNH) — référence en matière de graphie amérindienne et inuite, à l’époque — en 1982, que s’est appuyé le Service de révision du Musée canadien des civilisations — le descendant du MNH — pour rédiger les articles traitant des noms amérindiens et inuits dans son propre document de travail intitulé Manuel de rédaction – Musée canadien des civilisations, en 1994.
    **** La fiche « Les règles d’accord du mot Inuit » (onglet BT-Canada − Inuit-Inuk), publiée sur le site de la CEFAN (Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d’expression française en Amérique du Nord) de l’Université Laval, résume le cheminement de ce nom et présente ses équivalents anglais.

Le présent billet est également publié dans L’Hebdomadaire des réviseurs, le blogue officiel de l’Association canadienne des réviseurs. ⎮This post is also published in The Editors’ Weekly, the official blog of the Editors’ Association of Canada.

 

Dis donc, on la met où, la majuscule? Les majuscules aux titres d’écrits

Définition française des tâches qu'accomplit une réviseure ou un réviseur. Traduction anglaise des termes équivalents en anglais : English Terms: copy editor; editor, also proofreader, reader, corrector qui signifient correctrice d'épreuves ou correcteur d'épreuves. Capuchon marqué Dominique Fortier et crayon rouge marqué www.revisionpro.ca. French Editor's job definition in French; publishing; editing; copy editing, text correction. Révision de publications, monde de l'édition.C’est toujours embêtant, les titres d’écrits (œuvres littéraires [romans, nouvelles, chansons, poésie], manuels, etc.). Les règles sont complexes et arbitraires. Dans un souci de simplicité et d’uniformité, tant le gouvernement du Québec (Office québécois de la langue française) que celui du Canada (Bureau de la traduction) ont établi la convention qui consiste à ne mettre la majuscule qu’au premier mot d’un titre, de quelque classe qu’il soit (article défini ou indéfini, nom, adjectif, préposition, verbe, etc.)*. Si un nom propre figure dans le titre, il conserve sa majuscule, bien entendu. Par ailleurs, les titres s’écrivent en italique. Cette règle s’applique également aux œuvres d’art, aux films, aux émissions de radio et de télévision ainsi qu’aux documents électroniques.
Exemples :
– Qui ne connaît pas Les belles-sœurs de Michel Tremblay?
– C’est Marie-Claire Blais qui a écrit Une saison dans la vie d’Emmanuel.
– Le documentaire Les discrètes sera présenté à Radio-Canada en mai.
* Note : Certaines maisons d’édition québécoises appliquent la convention typographique en usage en France plutôt que celle présentée ici.

Les titres de journaux et de périodiques, pour leur part, prennent généralement une majuscule au premier nom et à l’article si ce dernier fait partie du titre. Bien sûr, les noms propres qui font partie du titre gardent aussi leur majuscule. Comme dans le cas des œuvres littéraires et artistiques, on écrit les titres de journaux et de périodiques en italique.
Exemples :
– Henri Bourassa a fondé le journal Le Devoir en 1910.
– Le quotidien The Globe and Mail est publié à Toronto.
– Le siège de l’hebdomadaire Die Zeit [le temps] se trouve à Hambourg.

Toutefois, lorsque le titre d’un journal ou d’une revue est cité dans le cours d’une phrase, on peut considérer l’article défini initial comme appartenant à la phrase même. Cet article prend dans ce cas le bas-de-casse ou la minuscule et se met en romain (pas en italique).
Exemple :
– Je reçois le Devoir et le Soleil tous les matins.

Aussi, l’article défini initial du titre anglais (ou étranger, sur le même modèle) d’un journal ou d’une revue que l’on cite à l’intérieur d’une phrase se traduit et appartient dès lors à la syntaxe de la phrase; il se met en romain.
Exemples :
– Les Canadiens anglais lisent le Globe and Mail (plutôt que « lisent The Globe and Mail »).
– Beaucoup d’États-Uniens lisent le New York Times (plutôt que « lisent The New York Times »).
– Les libéraux de gauche allemands lisent le Zeit (plutôt que « lisent Die Zeit »).
– Lire le Spiegel permet d’améliorer son allemand (plutôt que « lire Der Spiegel »).

Enfin, lorsque, dans une phrase, il y a contraction de l’article du titre (cela vaut pour les journaux et pour tous les autres écrits) avec les prépositions à ou de, on ne met pas de majuscule à cette forme contractée (au, aux, du, des) et elle s’écrit en romain; on met la majuscule au premier mot cité du titre.
Exemples :
– L’article est tiré du Devoir (et non « de Le Devoir ») quelque part en mars.
– Nombre de Canadiens sont abonnés au Globe and Mail (et non « à le [The] Globe and Mail »).
– La première des Discrètes (et non « de Les Discrètes ») aura lieu demain à la Grande Bibliothèque.
Exemple de texte à corriger/réviser tiré d'une page sur liseuse électronique; nom ou titre d'un film ou documentaire cité dans une phrase qui appelle correction. Example of correction/editing to be made to a text taken on a screen page of an e-reader; French film title or name correction/editing: article «les» plus preposition «de» = «de les» in French to be contracted as «des».Révision de texte. Visual French Text editing. Exemple de texte corrigé/révisé tiré d'une page sur liseuse électronique; nom ou titre d'un film ou documentaire cité dans une phrase qu'il fallait corriger. Example of correction/editing made to a text taken out of a screen page of an e-reader; French film title or name correction/editing: article «les» plus preposition «de» placed before = «de les» in French to be contracted as «des». when beeing part of a sentence.

– En lisant l’édition de la veille du Zeit (et non « de Die Zeit »).
Exemple de texte à corriger tiré d'une page sur liseuse électronique; nom ou titre d'un journal allemand Die Zeit dont l'article doit être traduit en français puis contracté en du Zeit. Example of correction to be made to a text taken on a screen page of an e-reader; newspaper title or name; article Die to be translated «le» in French and contracted as «du».Exemple de texte à corriger tiré d'une page sur liseuse électronique; nom ou titre d'un journal allemand Die Zeit dont l'article doit être traduit en français puis contracté en du Zeit. Example of correction made to a text taken on a screen page of an e-reader; newspaper title or name; article Die to be translated «le» in French and contracted as «du». Visual of the edited text.

Vous arrive-t-il aussi de buter sur des problèmes de majuscules dans des titres d’écrits de toutes natures?