Les mots dits maux = Chromo = Les maudits mots

Photography Prints; bestiaire-jaune-or-golden-bestiary-dominique-fortier; art for sale; fine art, digital work,

Le mot « chromo », qu’on employait à la maison, m’a toujours fait un peu rire. J’aime sa sonorité, sa couleur. Il fait image. Ce n’est pas un mot gentil, car à la notion de « laid, mal habillé ou d’un peu nounoune » s’ajoutait, dans certains cas, celle de « malfaisant ». Un chromo, donc, n’était pas un être qu’on voulait fréquenter.

Sell Art Online; vitrail-stained-glass-window-dominique-fortier; digital art; fine art; art

⚜ Chromo, n. m.
Prononciation : crô-mô (chez nous); cro-mô et crô-mô (en France)
⪺ Signification : Personne remarquablement laide, mal habillée ou demeurée (voir les définitions et les exemples tirés de divers ouvrages québécois ci-après)
≕ Synonymes : amanchure*, agrès, chenille à poil, gréement, pichou


Voici la définition que donnent le Grand Robert et le Larousse du mot « chromo ».

avril-chromo-grand-robert; définition; chromo; les mots dits maux; langue

avril-chromo-definition-larousse; 2017; définition; chromo; les mots dits maux; langue,


Au Québec, le sens s’est déplacé. Voici ce qu’en disent les dicos qui répertorient le mot :

Dans le Dulong (1999, p. 58)
CHROMO n. m. Fig. et péjor. Personne très laide. On se demande où elle a pu dénicher le chromo qui l’accompagnait.

Dans le Bélisle (1954, p. 210)
CHROMO n. m. (au Québec) Image, tableau mal réussi – Personne laide : quel chromo!

Dans Antidote (2014)  n.
– Reproduction en couleurs de qualité médiocre ou de mauvais goût.
– Québec, familier – Personne très laide.
Antidote ne se mouille pas en disant simplement que c’est un nom. Chez nous, c’était toujours un gars qu’on appelait « chromo », jamais une fille. Si ç’avait été une fille, on aurait peut-être féminisé en « chromote », sur le modèle de « cocotte », qui sait…

Dans le Multi (2009)
CHROMO nom masculin et féminin
DÉFINITIONS :
Nom masculin
Image en couleurs de mauvais goût. [Le Multi ne fait aucune mention de « personne très laide ».]
Nom féminin
Abréviation de chromolithographie.

Bon ben astheure que vous savez ce que c’est, un chromo, essayez d’en trouver d’en votre entourage. Mais attention, s’il y en a et que vous brûlez d’envie d’en parler, ne le dites qu’à quelqu’un en qui vous avez parfaitement confiance et qui ne le répétera pas… 😉 Et rappelez-vous, si ça s’ébruitait, qu’on est toujours le chromo de quelqu’un!


* La définition du mot Amanchure que donne le Dulong (p. 13) comme synonyme de chromo est trop savoureuse pour s’en priver. C’était également un mot qu’on utilisait souvent à la maison, et dans tous ces sens.

AMANCHURE, EMMANCHURE n. f. 1. Chose insolite, arrangement bizarre. Qu’est-ce que c’est cette amanchure? Syn. : patente [à la maison, on disait aussi patente à gosses] 2. Fig. et péjor. Personne remarquablement laide, mal habillée ou demeurée. Je n’irais pas au coin de la rue avec cette amanchure. Syn. : agrès (sens 3), chenille à poil, chromo, gréement. 3. Travail mal fait, bâclé. C’est toi qui as fait cette amanchure! Refais-moi ça convenablement et tout de suite!


 

Se licher

Art PrintsDominique Fortier
Laisser sa trace / Leave a Trace
Photographie
South Padre Island

Arrangez ça comme vous voulez, on laisse sa trace avec sa langue! ;-)))

(Mis à jour le 10 juillet 2016)

Se licher, v. pr.

Se licher (employé à la forme pronominale et absolument), chez nous, ça voulait dire « s’en passer, devoir s’arranger tout seul ». Comme dans :

L’autre jour, je t’ai proposé d’acheter un petit ensemble très joli et pas cher pas cher, qui t’aurait bien fait, pour aller à l’école. Mais ça te tentait pas de l’essayer (tu voulais pas gâcher tes vacances, que t’as dit). Ben! astheure que t’es prête à t’occuper de ça, moé, j’ai pus l’temps. Liche-toé!

Je vous donne l’entrée Licher du Glossaire du parler français au Canada* pour vous montrer les différentes acceptions du terme. Le texte surligné en bleu décrit exactement la manière dont nous utilisions cette expression à la maison, soit se licher à la forme pronominale et employé absolument, c’est à dire sans complément d’objet direct (ex. : se licher la patte). Mais il n’est fait ici aucune mention du sens que nous donnions à ce terme, soit « s’en passer ». La partie surlignée en orange montre les régions de France d’où cette prononciation ou ces sens nous sont venus.

Licher (liʃé) v. tr.
1° Lécher.
Vieux français – M. s. [même signification ou prononciation]
Dialecte – M. s., Anjou, Berry, Bourgogne, Maine,
Nivernais, Orléanais, Picardie, Saintonge, Touraine.
Français – Licher (trivial) = lécher.
Canadien – Licher a été relevé au Détroit, par le
Potier, en 1744. – On liche toujours son veau=
on aime toujours ses œuvres.
2° Lisser. Ex. : II passe son temps à se
licher les cheveux = à lisser ses cheveux. –
II a les cheveux lichés = lissés.
Se licher la palette, se licher la patte,
se licher (absolt) = aller au diable, aux cinq
cents diables. Ex. : S’il n’est pas content, il se
lichera la palette, c’est bon pour lui! =
il ira au diable… – Tu ne veux pas de ce
plat, eh bien! liche-toé = va au diable. –
Tu n’en as pas voulu quand je t’en ai offert,
eh bien! liche-toi la patte maintenant = va
au diable maintenant.
4° Voler, se faire donner. Ex. : En pas­
sant près du tiroir à argent, il lui a liché deux
piastres = il lui a volé… – Par de belles
paroles, il a réussi à lui licher dix piastres =
à se faire donner…
5° Chercher à obtenir en flattant. Ex. :
Licher une place = chercher, en flattant, à
obtenir un emploi. (p. 423)

J’ai trouvé une autre occurrence de se licher (à la forme pronominale et employé absolument, comme nous le disions à la maison) dans le Bélisle** (Dictionnaire de la langue française au Canada). Ça se lit comme suit :

« Licher [symbole de la fleur de lys = indique les canadianismes/[québécismes] populaires, et autres termes, définitions ou acceptions que ne donnent pas les dictionnaires d’origine européenne les plus employés au Canada, ou que la langue académique [sic] ne reconnaît pas en France] v. pr. Se licher, aller au diable : tu n’as pas voulu de ce plat, eh bien! liche-­toi, à présent, va au diable. » (p. 707)

La signification « va au diable » était peut-être implicite, mais elle ne m’est jamais venue à l’esprit en l’entendant ou en la disant. Le seul à donner vraiment le sens de « s’en passer », comme on l’employait chez nous, c’est Dulong***, dans son Dictionnaire des canadianismes. Voici comment il présente l’affaire :

« Lécher, Licher v. tr. et pr. 1. Lécher ou licher la micouenne, la mouvette, la palette : déguster la tire d’érable en utilisant une spatule de bois. 2. Fig. Se lécher ou licher la patte : se passer de quelque chose. [+++ = employé partout au Québec] » (p. 301)

Je n’avais jamais entendu ni lu l’expression se licher la patte (verbe pronominal transitif) avant. Pas connu ni utilisé à la maison chez nous en Abitibi, ça.

Donc, en résumé, ça prend plusieurs dictionnaires et beaucoup de persévérance pour dresser le portrait d’une langue et d’un peuple à travers elle. Surtout quand on se fait dire depuis des lunes qu’on parle mal. ;-)) Il faut croire à la beauté et à la justesse d’un parler populaire/régional pour le consigner. Une chance que certains l’ont fait pour le Québec. À cet égard, le Glossaire du parler français au Canada est une merveille, car il établit la filiation des mots, les faisant remonter jusqu’à leur origine dans les différents parlers régionaux de France d’où sont venus nos ancêtres respectifs. Fabuleux ouvrage de référence, je vous dis!

De voir nos mots dans les dicos, dans nos dicos, légitime la parole de nos aïeux et, par conséquent, notre existence même, parce que la parole nous construit, nous définit, nous différencie. On n’est pas rien parce qu’on ne s’exprime pas « la yeule en cul de poule ». La langue, ç’a non seulement le droit d’avoir une couleur, mais c’est encore plus beau quand ça en a une, de couleur.

Sur ce, je vous laisse. Amen! mes culottes sont pleines!


Sources :
* LA SOCIÉTÉ DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA. Glossaire du parler français au Canada, Québec, Presses de l’Université Laval, 1968, 709 p.

** BÉLISLE, Louis-Alexandre. Dictionnaire général de la langue française au Canada, Québec, Bélisle Éditeur, 1957, 1390 pages. Illustré.

*** DULONG, Gaston. Dictionnaire des canadianismes, nouvelle édition revue et augmentée, Sillery (Québec), Les éditions du Septentrion, 1999, 549 p.

Tenir compte de l’ordre de gouvernement pour lequel on travaille

revision-pour-provincial-ou-federal-dominique-fortier. Savoir qui est son client lorsque l'on révise ou rédige un texte. Toujours tenir compte du fait que son client vient du provincial ou du fédéral. L'orthographe ou la typographie peuvent varier. Know your client when editing or writing a text in French. Ask yourself from which kind of organisation he or she comes from. Does he or she come from the Quebec provincial government or from the federal government? One has to adjust the terminology and typography according to one or the other rules.On peut souvent avoir l’impression qu’il y a une faute ici ou là, selon la provenance du texte que l’on a sous les yeux. Et se demander ce qu’il faudrait écrire ou s’il faut corriger ceci ou cela. Eh bien! ça dépend.

Les personnes qui rédigent, révisent ou traduisent des textes doivent prendre en compte d’« où » ces derniers proviennent. Émanent-ils du gouvernement fédéral, du gouvernement provincial, d’organismes parapublics provinciaux ou fédéraux? Il faut se poser la question pour éviter de commettre des impairs.

Prenons le cas de mots ou d’expressions qui vont s’écrire différemment selon que l’on traite un texte pour un ministère/organisme québécois ou pour un ministère/organisme fédéral. Il faut suivre les recommandations des ouvrages de référence reconnus qui sont, pour le provincial, Le grand dictionnaire terminologique et autres outils terminologiques de l’Office québécois de la langue française ainsi que le Multidictionnaire de la langue française et, pour le fédéral, Termium Plus®, Le guide du rédacteur et autres outils terminologiques du Bureau de la traduction.

Voici quelques exemples (ceux-là reviennent régulièrement, mais si vous en connaissez d’autres, mentionnez-les dans les commentaires et nous allongerons la liste) de graphies différentes à respecter selon que l’on travaille pour un ministère/organisme provincial ou pour un ministère/organisme fédéral :

Au provincial, on écrira :

Au fédéral, on écrira :

l’opposition* officielle l’Opposition officielle ou l’opposition officielle
l’Organisation des Nations unies* l’Organisation des Nations Unies
les autochtones du Canada les Autochtones* du Canada
Les lois (y compris le mot « charte ») et les textes d’application des lois (règlements, ordonnances, décrets) s’écrivent en romain.
– la Loi sur l’assurance-édition permet aux éditeurs…
– la Charte de la langue française proclame…
Les lois (y compris le mot « charte** ») et les textes d’application des lois (règlements, ordonnances, décrets) s’écrivent en italique.
– la Loi sur l’assurance-édition* permet aux éditeurs…
– la Charte de la langue française proclame…

* Ce que j’utiliserais, personnellement.
** Le mot « charte », bien qu’absent du Guide du rédacteur, se traite comme un nom de loi.

Ainsi, dans un texte du fédéral, évitera-t-on de corriger l’expression « Opposition officielle » si le O est en majuscule, puisque le Bureau de la traduction l’accepte. On veillera toutefois à uniformiser cette graphie dans tout le texte (soit seulement des O, soit seulement des o, le o minuscule étant également permis). Pour le Québec, il n’y a que le o en bas-de-casse qui soit admis.

Pour ce qui est de l’usage du U majuscule de « Nations Unies » au fédéral, je crois qu’il provient le la mise en majuscule, à l’origine, de la première lettre de chaque élément d’un acronyme (les Français font cela, et cet organisme est international) et sous l’influence de l’anglais « United Nations » (qui met des majuscules aux noms et aux adjectifs dans les titres). Le Québec, pour sa part, suit la règle générale qu’il préconise, soit celle du « pas de majuscule aux adjectifs dans les titres ». D’où le u en bas-de-casse à « unies ».

En ce qui concerne le a du mot « autochtones », le Québec le met en bas-de-casse, car il fait référence à des personnes « vivant sur le territoire habité par ses ancêtres depuis un temps immémorial », alors que, dans la fonction publique fédérale, on considère le mot « Autochtones »  comme un nom propre qui désigne l’entité sociopolitique que forme l’ensemble des peuples inuits, amérindiens et métis, et il appelle par conséquent la majuscule au A.

Quant aux titres de lois composés en italique au fédéral et sans italique au provincial, tout ce que je peux dire, c’est que c’est comme ça. Alors autant le savoir et ne pas utiliser l’italique au provincial. Cela ne passe pas. De même pour l’italique au fédéral. Il FAUT y avoir recours. Pour ma part, je trouve l’italique très utile dans le cas des lois, car il permet de saisir du premier coup d’œil où se termine le titre et où reprend le texte régulier.

Certains ministères ou organismes établissent des guides de rédaction à l’intention des rédacteurs et autres réviseurs ou traducteurs de l’extérieur (pigistes, contractuels) afin que les textes qu’ils publient soient le plus uniformes possible. Il est bon de s’informer si de tels documents existent et de s’y référer, le cas échéant.

En définitive, il faut toujours garder à l’esprit qu’« à Rome, on fait comme les Romains! ».