Maman conduit la Panel

Notre voiture en abitibi : la panel, ou panel-c1970-photo-dominique-fortier-senneterre
La Panel, notre voiture en Abitibi

Note : Vous trouverez un équivalent en « français de France » des mots québécois entre guillemets dans le présent lexique.

La Panel, c’était notre « char », vers les années 1970. C’était presque un char d’assaut, en fait : passait partout mais ben inconfortable, et en plus « frette » en hiver. Ou alors un gros bateau (ça tanguait ça, monsieur, ou-la-la!). Les shocks (lire amortisseurs et prononcer tcho-que)  « valaient pas cinq “cennes” » là-dessus, pis dans les chemins de terre ou de « gravelle », ça valdinguait solide.

Généralement, c’est papa qui conduisait. Mais pour aller au « magasin » (lire épicerie) ou acheter du tissu chez madame Frigon (elle cousait [à la machine ou à la main] pratiquement tout ce qui pouvait se coudre dans la maison, des courtepointes à nos vêtements), bref pour faire ses propres petites « commissions », maman la conduisait. Et comment!

Vous auriez dû la voir au volant. Ah! ça valait cent « piasses »! Une tit’ femme de 110 lb (4,5 kg) tout habillée et de 5 pi 1 po (1,55 m) de haut assise au bord de la grande banquette en « cuirette » frette en hiver cramponnée au volant du mastodonte. Il faut dire que les sièges baquets n’avaient pas encore fait leur apparition à cette époque, et que la banquette était tout d’une pièce, ne s’ajustait que d’avant en arrière et était conçue de toute évidence pour une conduite et des jambes « d’homme ». Alors pour atteindre les pédales, maman s’accrochait au volant, se collant la poitrine dessus, les fesses reposant — si peu — sur le bord la banquette frette en hiver, le pied gauche appuyé au sol, et s’étirait la jambe droite loin sous le volant afin d’atteindre la pédale de « gaz » (lire l’accélérateur), le « brake » (lire le frein) ou la « clutch » (lire la pédale d’embrayage). [On voit bien qu’il était temps que l’Office québécois de la langue française voie le jour, et qu’il a fait un gros travail de francisation dans le domaine de l’automobile depuis ces années.] Dans ces moments, on aurait dit qu’il n’y avait pas de « chauffeur » à bord, ses yeux dépassant à peine le dessus du « dash » (lire tableau de bord) et elle regardait la route à travers les barreaux du volant et le « windchire » (lire pare-brise). Mais elle s’en tirait admirablement pour sa grandeur.

La direction de la Panel avait également été pensée pour les hommes. Déjà, papa, qui avait du nerf, devait y aller fermement pour tourner le volant. Mais maman, ah, maman, fallait la voir forcer comme un bœuf (prononcer beu) pour le tourner. Elle y plaçait les mains à 11 h pour tourner à gauche, par exemple, puis se soulevait à moitié debout, toujours cramponnée-collée au volant pour mettre tout son poids et réussir à faire tourner les roues de la  « machine ». C’était tout un exercice, surtout en hiver. Mais elle y arrivait toujours, ses yeux noirs vifs vérifiant tout à la fois, son visage exprimant sa concentration extrême devant la difficulté de l’exercice et sa détermination à « faire un homme d’elle », surtout en présence des enfants.

Ça la stressait passablement, je pense, mais ce n’était pas une mécanique qui allait avoir raison d’elle.

Enfin, j’ai composé, sur l’air de la chanson Rock pour un gars d’bicyc’ que la Dufresne interprète [sur YouTube à http://www.youtube.com/watch?v=x9xqn2_eO3M&html5=1], un texte que la première phrase de cette chanson m’a inspiré et qui me fait penser invariablement à quand maman conduisait la Panel. Ma chanson s’intitule Ôtez-vous de d’là, c’est Maria qui passe! Cela va comme suit, et si j’en ai le courage, un jour, je vous en ferai une interprétation de mon cru.

Ôtez-vous de d’là, c’est Maria qui passe!

Ôtez-vous de d’là, c’est Maria qui passe,
À fait rien qu’un mille, pis tout l’monde se tasse.
J’sé d’où cé qu’à vient, pis y’où c’qu’à s’en va,
Mais moé ça m’fait rien, c’pas à Obaska.

À vient du Rang 8, où c’que l’monde trépasse,
Cé-tu l’saint Esprit, ou ben la Callas.
À l’a l’mêm’ prénom, pis les mêmes yeux nouèr’,
Au-d’sus du stéring, sont ben dur à vouèr’.

Ôtez-vous de d’là, c’est Maria qui passe,
Avec la machine, à traverse l’espace.
C’pas la Batmobile, c’est ben moins génial,
Quand on va en ville, su’a rue Principale.

Woh woh woh woh woh woh
Woh woh woh woh woh woh

Ôtez-vous de d’là, quand à pés’ su l’gaz,
Un nuage d’exâsse, les fleurs à les rase.
Ça valdingue un coup, comme un gros bateau,
En mer agitée, t’oublies pas d’sitôt.

Pis on la remarque, quand à passe dans place,
Avec son gros char, à comme une cuirasse.
Dans sa carapace, ein comme une tortue,
On y’i voué pas ‘a tête, de l’aut’ bord d’la rue.

Quand à tourne un coin, j’vous dis que ça brasse,
Quand à passe la track, on a peur qu’à casse.
Mais à tient le coup, et comme un pigeon
Flye jusqu’à l’aut’ bout’, chez madame Frigon.

Ôtez-vous de d’là, c’est Maria qui passe,
Avec la Panel, à r’franchit l’espace.
À r’vient à maison, sans s’casser la yeule,
P’pa est ben content, pis y’é pas tu seul.

Woh woh woh woh woh woh
Woh woh woh woh woh woh
Escusez-la!


Pour les personnes que ça intéresse, voici un lien qui conduit sur le site de la ville de Senneterre, en Abitibi.

Réminiscences ┃Décembre 2013

Pour le temps des Fêtes en général et à Flore en particulier, pour sa fête

Le titre de l’aquarelle que vous voyez m’est venu de la chanson Les trois cloches, et plus particulièrement de la première phrase, Village au fond de la vallée.

Suivent l’interprétation de cette chanson par les Compagnons de la chanson ainsi que les paroles, qui me reviennent sans cesse en tête, en ce temps de Noël, lorsque je regarde cette image, peut-être en raison de la nostalgie qui s’en dégage.

Village au fond de la vallée : aquarelle sur papier à grain fin, 18 x 12 cm. Artiste : Dominique Fortier. (sapins, église, maisons, couronne, clôture de bois, thème de Noël). Illustre aussi l'article L’Estrie – Histoire, toponymie et terminologie, rédaction par Dominique Fortier (réviseure - French Editor), publié dans le blogue L'Hebdomadaire des réviseurs sur le site de l'Association canadienne des réviseurs. Paru le 4 décembre 2013. Watercolour (small village that could be in Eastern Townships, with a church and houses, during Christmas time) by artist that wrote the post on Estrie for the blog of The Editors' Association of Canada named The Editors' Weekly. Published on December 4, 2013.

Dominique Fortier
Village au fond de la vallée, 2012
Aquarelle sur papier à grain fin
18 x 12 cm
Québec


Paroles et musique : Jean Villard
Village au fond de la vallée
Comme égaré, presque ignoré
Voici qu´en la nuit étoilée
Un nouveau-né nous est donné
Jean-François Nicot il se nomme
Il est joufflu, tendre et rosé
À l´église, beau petit homme
Demain tu seras baptisé

Une cloche sonne, sonne
Sa voix, d´écho en écho
Dit au monde qui s´étonne :
« C´est pour Jean-François Nicot
C´est pour accueillir une âme
Une fleur qui s´ouvre au jour
À peine, à peine une flamme
Encore faible qui réclame
Protection, tendresse, amour »

Village au fond de la vallée
Loin des chemins, loin des humains
Voici qu´après dix-neuf années
Cœur en émoi, le Jean-François
Prend pour femme la douce Élise
Blanche comme fleur de pommier
Devant Dieu, dans la vieille église
Ce jour, ils se sont mariés

Toutes les cloches sonnent, sonnent
Leurs voix, d´écho en écho
Merveilleusement couronnent
La noce à François Nicot
« Un seul cœur, une seule âme »
Dit le prêtre, « et pour toujours
Soyez une pure flamme
Qui s´élève et qui proclame
La grandeur de votre amour »

Village au fond de la vallée
Des jours, des nuits, le temps a fui
Voici qu´en la nuit étoilée
Un cœur s´endort, François est mort
Car toute chair est comme l´herbe
Elle est comme la fleur des champs
Épis, fruits mûrs, bouquets et gerbes
Hélas, tout va se desséchant

Une cloche sonne, sonne
Elle chante dans le vent
Obsédante et monotone
Elle redit aux vivants :
« Ne tremblez pas, cœurs fidèles
Dieu vous fera signe un jour
Vous trouverez sous son aile
Avec la vie éternelle
L´éternité de l´amour »

Lien de la vidéo accompagnée des paroles :
http://www.youtube.com/watch?v=CQoFxI7oWsk&html5=1