Création du mois┃Mai 2016
Mai est là

D’abord, bonne fête à toutes les travailleuses et à tous les travailleurs du Québec. Continuez à râler contre l’austérité et pour que soient rapatriées et redistribuées (sous forme de meilleurs salaires et pour palier la désintégration totale des services à la population) les sommes astronomiques qui dorment (légalement ou non) dans les paradis fiscaux.



 

Bon, l’hiver est fini. On n’en parle plus (c’est ça qu’on dit toujours). Mai est là, yéééééééé! On arrête d’être déprimés.

Dicton connu

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En avril, ne te découvre pas d’un fil
(qu’à disait la madame! Pis on est-tu tannés?)

 

 

 

 

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En mai, fais ce qu’il te plaît
(qu’à s’est fait répondre. Astheure, à nous le beau temps et la rigolade.)

 

 

 

 

Le mai, ou l’arbre de mai

Dans la tradition québécoise, le 1er mai est associé de manière générale au retour du printemps. Certaines croyances autour de la température sont encore rattachées à cette date et la coutume des Rogations, liée au cycle agraire (prières pour les récoltes partout où la ruralité est importante), se pratique durant les premiers jours de mai. En 1955, Pie XII institue la fête de Saint-Joseph le charpentier au 1er mai dans le but de donner au travail une dimension chrétienne. Par ailleurs, tout le mois de mai est placé sous le patronage de la Vierge Marie à partir du XVIIIe siècle. Les célébrations d’ouverture officielle du mois de Marie commencent avec le 1er mai. (Chez nous, il y avait un gros chapelet noir à gros grains en bois suspendu au mur.  Tous les soirs de mai après le souper, on était obligés de réciter le chapelet. Ah! que j’haïssais ça! Moi, c’était aller jouer dans les flaques d’eau dehors qui me tentait.)

 La danse du mai

Il subsiste au Québec comme en France quelques coutumes qui trouvent leur sens dans l’expression de la Fête du mai et de ses origines plus lointaines. Le mai, arbre ou bouquet, est en effet tantôt symbole d’amour, tantôt symbole d’honneur et revêt diverses apparences selon qu’il est offert collectivement ou individuellement. Plus récemment, cette journée évoque deux événements à caractère historique : la Fête internationale des travailleurs puis, jusqu’en 1974, la fin officielle d’un bail de location, associée aux déménagements (le Festival de la boîte, qui se tient désormais le 1er juillet).

(Pour des renseignements des plus intéressants sur les coutumes québécoises, allez faire un tour sur le site du Réseau de diffusion des archives du Québec)

En France
Amour, amour, amour…

Il s’agit d’un jeune arbre ou d’un rameau, que les jeunes gens installent devant la porte ou contre le mur du domicile des jeunes filles à marier, dans la nuit du 30 avril au 1er mai (ou le dernier dimanche de mai dans certaines régions), pour les honorer.

En remerciement, pour « arroser » leur mai, les filles offrent gâteaux et boissons – autrefois à titre individuel – de nos jours collectivement, prenant en compte le peu de disponibilité de la jeunesse, retenue à la semaine loin du village.

La fontaine est également ornée d’un jeune arbre pour, selon la tradition orale, s’assurer qu’elle coulera durant toute l’année.

La partie de l’article qui m’a le plus intéressée, c’est celle-ci :

Un langage était autrefois associé à l’essence de l’arbre :

l’églantier – tu es mon grand amour,

le charme – tu es charmante,

l’aulne – tu es belle,

le foyard (hêtre) – amour le plus profond,

le sapin – fille volage ou bêcheuse,

le pin – fille hardie

le sureau – fille inconstante, fille déshonorée

le cerisier – fille facile…

le saule – fille pleureuse ou fille volage

l’aubépine – fille estimable, annonce d’un prochain mariage

l’olivier – symbole de paix et de fécondité, confirmait le mariage

le tilleul – l’arbre aux épousailles,

le lilas – fille belle et modeste, de bonne réputation, amours naissants,

l’acacia – amours platoniques,

le mimosa – amours secrètes, je n’aime que vous

le noisetier – symbole de fertilité

l’amandier – fille étourdie,

le chêne – fille constante ou inconstante,

le houx – fille cruelle,

le genêt – fille repoussante,

le peuplier – fille gémissante,

le romarin – fille douteuse,

le bleuet – fille délicate,

le volubilis – fille attachante,

la marguerite – fille candide, amours partagées

le basilic – fille modeste

l’oranger – fille sympathique

la primevère – fille affectueuse

la pâquerette – fille attachante

l’if – fille maléfique

l’ortie – symbole de rupture

figuier – fille repoussante

(Hé! les filles, quelle essence d’arbre aimeriez-vous recevoir?)

L’usage actuel, consensuel, est généralement le hêtre.

Cette nuit est également mise à profit pour se défouler et effectuer un charivari, un chambardement : vacarme sous les fenêtres des personnes grincheuses, déplacement des objets les plus divers : pots de fleur, volets, portique, banc, matériel agricole, pile de bois… À chacun le lendemain de récupérer son bien!
(Tiré de : https://fr.wikipedia.org/wiki/Arbre_de_mai)

La bénédiction paternelle

Nom de l'image - La bénédiction du jour de l'An Auteur - Edmond-Joseph Massicotte Source - Musée national des Beaux-Arts du Québec Année - 1912; photolithographie avec rehaut à l'aquarelle; French Canadian artist XXe siècle, century.
« La bénédiction du jour de l’An », 1912. Par Edmond-Joseph Massicotte. Musée virtuel du Canada.

Le matin du jour de l’An, papa (prononcer « po-pa » ou « pâ-pâ ») nous donnait la bénédiction. C’est ma sœur aînée qui la lui demandait. On était tous réunis dans la cuisine  et on se mettait à genoux.

la-benediction-paternelle-henri-julien-canadian-illustrated-news-1880. French Canadian artist XIXth century 19e siècle. Quebec. Québec
« La bénédiction du jour de l’An », 1880. Par Henri Julien. Publié dans le « Canadian Illustrated News ».

C’était un moment solennel, et moi, j’avais le motton toutes les fois. J’osais pas regarder les autres parce que les larmes me montaient aux yeux, et j’avais des sanglots gros comme ça dans la gorge. Je me trouvais ridicule d’avoir rien qu’envie de brailler. Mais les autres — on était dix enfants — étaient pas mal tous comme moi, finalement.

benediction-paternelle-auteur-inconnu. Interior of a French Canadian (Quebec) old house at New Year. XIXth century; intérieur, maison québécoise, Québec; croix; cross; christ frame; cadre avec Jésus. Catholic Religion. Religion catholique.
« La bénédiction paternelle », ?. Auteur inconnu.

Quand papa avait fini son laïus — ça ne durait pas trop longtemps, peut-être trois ou cinq minutes —, on se relevait et on se souhaitait la bonne année en riant un peu jaune, l’émotion encore plein le corps. Pour chasser cette gêne, on virait ça en farce en se répétant les traditionnels souhaits du jour de l’An populaires et comiques :

« Bonne année, grand nez
Pareillement, grand’ dents
Que le bon Dieu vous bénisse, grand’ cuisses
À l’année prochaine, grand’ ch… (ça se pense,
ça se dit entre intimes, mais ça s’écrit pas). »

Plus je vieillissais, plus je trouvais cette tradition dure à supporter. Ça me chavirait trop. Trop sérieux. Trop solennel. Trop triste. Et on était tous en train de « débarquer de » la religion catholique.

Aussi ai-je été bien contente lorsque la tradition a pris fin. Une année, ma sœur ne s’est plus approchée pour demander la bénédiction, et ç’a fini là. Je devais avoir environ 14 ans.

Et nous voici déjà en 2015. Alors, allez! Bonne année, grands nez!


Chanson La bénédiction
Composée par Albert Larrieu et interprétée par Armand Duprat :

Paroles de la chanson La bénédiction
Tiré d’un livre de La bonne chanson
Paroles et musique : Albert Larrieu
Interprétation : Armand Duprat, 1928

C’est le jour de l’An, la famille entière
Au pied de la croix, s’est mise à genoux!
Le père se lève après la prière,
Voici ce qu’il dit d’un air grave et doux :
Sang de mon sang, fils de ma race,
Aujourd’hui, groupés sous mon toit,
De vos anciens suivez la trace,
Demeurez gardiens de la Foi!
Sachez conserver les usages
Légués jadis par nos aïeux!
Gardez surtout notre langage,
Notre parler mélodieux!
Du Canada, terre chérie
Soyez tous les fiers défenseurs!
Si l’on attaque la Patrie
Dressez-vous contre l’agresseur!
Mon front s’incline vers la terre
Mes pauvres jours sont bien finis!
Pensez à moi dans vos prières,
Allez, enfants! Je vous bénis!

Autre chanson sur le même thème
La bénédiction paternelle
Paroles : E. Laflèche
Musique : O. O’Brien
– 1 –
Préférant d’abord la tâche hardie
Nos pères toujours furent conquérants
Le premier venait de la Normandie
Commencer ici les gestes de Francs.
Son père au départ, lui laissa ce gage :
Pour que tes enfants soient bénis des cieux
Au premier de l’An garde notre usage
Tu les béniras comme les aïeux.
– 2 –
Il vint s’établir et sema la terre
Son premier foyer comptait un bambin
Or, au jour de l’An, la petite mère
Mène à son époux le blond chérubin.
Fier dans son amour que la joie inonde
Grave il se leva des pleurs dans les yeux
Et posant la main sur sa tête blonde
Oui, je te bénis comme les aïeux.
– 3 –
Les siècles ont vu s’égrener la chaîne
De tous nos aïeux, ces fiers bûcherons
Leur hache abattait l’érable et le chêne
Et leur main semait le grain des moissons
Mais au jour de l’An, quand pointait l’aurore
Sur tous ses enfants se pressant nombreux
La main de l’aïeul se levait encore
Et les bénissait comme les aïeux.
– 4 –
Sur notre pays vint fondre l’épreuve
Mais le ciel veillait aux plus sombres jours
Sa grâce a coulé comme le grand fleuve…
Et le petit peuple a grandi toujours.
Pour le garder fort contre tout orage
Pour que ses enfants soient bénis des cieux
Au premier de l’An, gardons notre usage
Et bénissons-les comme les aïeux!

La bénédiction du jour de l’An :
Conte du temps des Fêtes
par Gilles Gosselin [finit un peu en queue de poisson,
mais c’est touchant].


Sources
Consultées le 30 décembre 2014.

Photolithographie d’Edmond-Joseph Massicotte : Musée virtuel du Canada.

Dessin d’Henri Julien : Diane Joly. Art, histoire et patrimoine [en ligne].

Paroles de la seconde chanson : La bénédiction paternelle, Chez Muse [en ligne].

Enregistrement sonore de la chanson La bénédiction du jour de l’An d’Albert Larrieu, interprétée par Armand Duprat, 1928 : Bibliothèque et Archives Canada. Le gramophone virtuel : enregistrements historiques canadiens,

En complément
À propos d’Albert Larrieu