Quand décembre revient… la lumière s’en va

Quand décembre arrive, la lumière décroît vite jusqu’au 21. Déprimant, puisqu’on a réussi tant bien que mal à surmonter la grisaille de novembre. On ouvre la lumière à 16 h, parfois avant. Ouache! que c’est plate. Ça nous prend d’autres sources que le soleil pour illuminer nos vies.

Photography Prints
The English version of this work is entitled Red Christmas Ball and Candle.

Dominique Fortier
Boule rouge et Chandelle, 2016
Aquarelle sur papier à grain fin
18 x 13 cm (7 x 5 po)
SPI

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Dominique Fortier
Paix sur Terre / Peace on Earth, 2016
Travail numérique sur photographies
SPI

On a beau ne plus être pratiquants depuis des lunes, on a le Canadien français catholique inscrit dans nos gènes, on dirait ben! La tradition nous façonne malgré nous; elle porte en elle les espoirs et les aspirations des générations qui nous ont précédés. Ainsi nous parvient, éclaboussures de lumières du temps des Fêtes et joies d’enfants, l’espérance que le monde peut encore être un endroit où chacun trouve sa place et où il fait bon vivre.

Noël est une fête de la lumière naissante. En Europe du Nord, les illuminations de Noël contrastent avec la nuit épaisse de décembre. L’habitude a été prise de fêter Noël au cœur de la nuit, comme le veut l’Évangile, et cette tradition est restée commune aux grandes confessions, catholique, protestante et orthodoxe.

Le religieux et ses symboles nous habitent toujours, bien qu’on leur tienne la dragée haute. Mais Mr. Hide n’est jamais bien loin du Dr. Jekyll : le Québécois aime fêter et se transforme en joyeux luron païen (certains diront « grossier personnage », c’est selon) lorsqu’il a pris un p’tit coup. Et pourquoi pas? Au diable la religion et qu’on s’amuse! On est tannés de la noirceur et de la froidure. Par ici la boule de Noël, le cadeau et la grande boustifaille (et les abus qui vont avec). Faut s’enjoliver l’hiver, quoi!

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Dominique Fortier
Pour enjoliver l’hiver I / To Embellish Winter I, 2016
Photographie
Québec

Photography Prints

Dominique Fortier
Boule verte / Green Bauble, 2016
Peinture numérique sur photographie
SPI

Art Prints

Dominique Fortier
Pour enjoliver l’hiver II / To Embellish Winter II, 2016
Photographie
Québec

Art Prints
Dominique Fortier, L’hiver au cube / Winter Cubed, 2016, aquarelle sur papier à grain fin, 18 x 13 cm (7 x 5 po), SPI

Et puis on aime encore la neige, c’est plus fort que nous. Paradoxe de Nordiques, même si on n’en peut pus de l’hiver de force qui finit pus, on est toujours fous comme d’la marde quand ça tombe en flocons floconneux et légers comme du duvet d’eider. On retombe en enfance et le goût nous reprend d’aller jouer dehors.

Art Prints
The English version of this work is entitled The Beginning of This World.

Dominique Fortier
Le commencement de ce monde, 2016
Photographie
Québec

Art Prints
The English version of this work is entitled Tree Adorned with Poinsettias.

Dominique Fortier
Poinsettias dans un sapin, 2016
Travail numérique sur photographies
SPI

Dictons pour un 1er décembre

« À la Saint-Éloi, la nuit l’emporte sur le jour qui luit1. » Ça veut dire qu’il fait noir de bonne heure en ta… et qu’on commence à avoir la fale pas mal à terre! Que la lumière nous manque!

« Si à la Saint-Éloi tu brûles ton bois, tu auras froid pendant trois mois. » Ça veut dire que si t’es pas déjà rendu dans le Sud, décolle, pis ça presse!

Comme mon prochain billet ne paraîtra qu’en janvier, je vous souhaite un très joyeux temps des Fêtes avec beaucoup de lumière − artificielle ou autre, si vous avez la chance d’être sous d’autres cieux. Que la joie illumine vos cœurs!

 

 


  1. (Gabrielle Cosson, Dictionnaire des dictons des terroirs de France, Paris, Larousse, 2010, 380 p. (ISBN 978-2-03-585301-1, présentation en ligne [archive]), p. 115.)

La bénédiction paternelle

Nom de l'image - La bénédiction du jour de l'An Auteur - Edmond-Joseph Massicotte Source - Musée national des Beaux-Arts du Québec Année - 1912; photolithographie avec rehaut à l'aquarelle; French Canadian artist XXe siècle, century.
« La bénédiction du jour de l’An », 1912. Par Edmond-Joseph Massicotte. Musée virtuel du Canada.

Le matin du jour de l’An, papa (prononcer « po-pa » ou « pâ-pâ ») nous donnait la bénédiction. C’est ma sœur aînée qui la lui demandait. On était tous réunis dans la cuisine  et on se mettait à genoux.

la-benediction-paternelle-henri-julien-canadian-illustrated-news-1880. French Canadian artist XIXth century 19e siècle. Quebec. Québec
« La bénédiction du jour de l’An », 1880. Par Henri Julien. Publié dans le « Canadian Illustrated News ».

C’était un moment solennel, et moi, j’avais le motton toutes les fois. J’osais pas regarder les autres parce que les larmes me montaient aux yeux, et j’avais des sanglots gros comme ça dans la gorge. Je me trouvais ridicule d’avoir rien qu’envie de brailler. Mais les autres — on était dix enfants — étaient pas mal tous comme moi, finalement.

benediction-paternelle-auteur-inconnu. Interior of a French Canadian (Quebec) old house at New Year. XIXth century; intérieur, maison québécoise, Québec; croix; cross; christ frame; cadre avec Jésus. Catholic Religion. Religion catholique.
« La bénédiction paternelle », ?. Auteur inconnu.

Quand papa avait fini son laïus — ça ne durait pas trop longtemps, peut-être trois ou cinq minutes —, on se relevait et on se souhaitait la bonne année en riant un peu jaune, l’émotion encore plein le corps. Pour chasser cette gêne, on virait ça en farce en se répétant les traditionnels souhaits du jour de l’An populaires et comiques :

« Bonne année, grand nez
Pareillement, grand’ dents
Que le bon Dieu vous bénisse, grand’ cuisses
À l’année prochaine, grand’ ch… (ça se pense,
ça se dit entre intimes, mais ça s’écrit pas). »

Plus je vieillissais, plus je trouvais cette tradition dure à supporter. Ça me chavirait trop. Trop sérieux. Trop solennel. Trop triste. Et on était tous en train de « débarquer de » la religion catholique.

Aussi ai-je été bien contente lorsque la tradition a pris fin. Une année, ma sœur ne s’est plus approchée pour demander la bénédiction, et ç’a fini là. Je devais avoir environ 14 ans.

Et nous voici déjà en 2015. Alors, allez! Bonne année, grands nez!


Chanson La bénédiction
Composée par Albert Larrieu et interprétée par Armand Duprat :

Paroles de la chanson La bénédiction
Tiré d’un livre de La bonne chanson
Paroles et musique : Albert Larrieu
Interprétation : Armand Duprat, 1928

C’est le jour de l’An, la famille entière
Au pied de la croix, s’est mise à genoux!
Le père se lève après la prière,
Voici ce qu’il dit d’un air grave et doux :
Sang de mon sang, fils de ma race,
Aujourd’hui, groupés sous mon toit,
De vos anciens suivez la trace,
Demeurez gardiens de la Foi!
Sachez conserver les usages
Légués jadis par nos aïeux!
Gardez surtout notre langage,
Notre parler mélodieux!
Du Canada, terre chérie
Soyez tous les fiers défenseurs!
Si l’on attaque la Patrie
Dressez-vous contre l’agresseur!
Mon front s’incline vers la terre
Mes pauvres jours sont bien finis!
Pensez à moi dans vos prières,
Allez, enfants! Je vous bénis!

Autre chanson sur le même thème
La bénédiction paternelle
Paroles : E. Laflèche
Musique : O. O’Brien
– 1 –
Préférant d’abord la tâche hardie
Nos pères toujours furent conquérants
Le premier venait de la Normandie
Commencer ici les gestes de Francs.
Son père au départ, lui laissa ce gage :
Pour que tes enfants soient bénis des cieux
Au premier de l’An garde notre usage
Tu les béniras comme les aïeux.
– 2 –
Il vint s’établir et sema la terre
Son premier foyer comptait un bambin
Or, au jour de l’An, la petite mère
Mène à son époux le blond chérubin.
Fier dans son amour que la joie inonde
Grave il se leva des pleurs dans les yeux
Et posant la main sur sa tête blonde
Oui, je te bénis comme les aïeux.
– 3 –
Les siècles ont vu s’égrener la chaîne
De tous nos aïeux, ces fiers bûcherons
Leur hache abattait l’érable et le chêne
Et leur main semait le grain des moissons
Mais au jour de l’An, quand pointait l’aurore
Sur tous ses enfants se pressant nombreux
La main de l’aïeul se levait encore
Et les bénissait comme les aïeux.
– 4 –
Sur notre pays vint fondre l’épreuve
Mais le ciel veillait aux plus sombres jours
Sa grâce a coulé comme le grand fleuve…
Et le petit peuple a grandi toujours.
Pour le garder fort contre tout orage
Pour que ses enfants soient bénis des cieux
Au premier de l’An, gardons notre usage
Et bénissons-les comme les aïeux!

La bénédiction du jour de l’An :
Conte du temps des Fêtes
par Gilles Gosselin [finit un peu en queue de poisson,
mais c’est touchant].


Sources
Consultées le 30 décembre 2014.

Photolithographie d’Edmond-Joseph Massicotte : Musée virtuel du Canada.

Dessin d’Henri Julien : Diane Joly. Art, histoire et patrimoine [en ligne].

Paroles de la seconde chanson : La bénédiction paternelle, Chez Muse [en ligne].

Enregistrement sonore de la chanson La bénédiction du jour de l’An d’Albert Larrieu, interprétée par Armand Duprat, 1928 : Bibliothèque et Archives Canada. Le gramophone virtuel : enregistrements historiques canadiens,

En complément
À propos d’Albert Larrieu