Création du mois┃Juillet 2015
La vie rêvée oh yeh!

Photography PrintsDominique Fortier
Je prends la plume⎮I Take Up My Pen
Photographie
South Padre Island (Texas)

Ah! la voici, la vie rêvée des langagières et des langagiers, fussent-ils dans le domaine de la révision, de la traduction ou de la rédaction : travailler au soleil près d’une plage. Mais attention, j’ai dit rêvée, la vie. C’est comme le reste, faute de se payer la réalité, on a bien le droit de rêver, pas vrai?

En attendant de vivre au chaud près de la mer, cette œuvre pourrait s’intituler Vacances de langagière à la pige, parce qu’on n’arrête jamais de se faire aller le ciboulot, même en vacances. Et à plus forte raison lorsqu’on est à la pige, le travail s’embusquant traîtreusement dans un « racoin » du cerveau, dur à déloger.

Mais cette image peut aussi représenter quiconque aime s’adonner aux mots en vacances, soit en écriture, soit en lecture, et son titre pourrait être quelque chose comme Chercher les mots trouver la plume, ou alors Chercher la plume trouver les mots.

Si quelqu’un a une autre idée de titre pour cette œuvre, qu’il ou elle ne lève même pas la main et s’exprime librement : « On est ben ouvert, à vos commentaires, si vous payez l’cognac gnac gnac… »

 

Anémique « académique »

personnage garçon de bande dessinée portant une pile de livres accompagné d'une bulle qui dit : «J'le mets où, mon bagage intellectuel, m'sieur Lâlâ? » : texte et montage graphique Dominique Fortier à revisionpro.ca révision réviseure réviseuse Québec. Dans le billet intitulé « Anémique académique », un anglicismeLe sens de l’adjectif académique est passablement galvaudé au Québec. Le français lui attribue toutefois deux sens parfaitement corrects. Ce mot signifie d’abord « qui se rapporte à une académie, soit une division administrative dans le domaine de l’enseignement, un établissement où l’on enseigne les arts et le sport ou une société littéraire ou scientifique ». Ainsi, il est exact de dire que notre Dany Laferrière « national » occupe un fauteuil académique, c’est-à-dire qu’il siège à l’Académie française. Ensuite, au sens figuré, avec une connotation péjorative, il signifie « conventionnel, formel ». Ainsi peut-on qualifier le style d’un peintre d’académique, c’est-à-dire qu’il n’est pas vraiment original, qu’il est guindé, qu’il « sent trop l’école ». Là où les choses se gâtent, au Québec, c’est dans le monde de l’éducation, où l’adjectif académique dans le sens de « scolaire » ou de « pédagogique » est pratiquement endémique. Cela provient de notre proximité avec l’anglais, dont l’usage plus large qui est fait du mot academic conduit à des emplois fautifs de cet adjectif en français. Divers adjectifs remplaceront adéquatement cet anglicisme sémantique (souvent faux ami ou calque) selon le contexte. Ainsi, au lieu de déclarer que l’année académique — sous l’influence d’« academic year » — se termine le 22 juin, on dira plutôt que l’année scolaire (ou universitaire) se termine le 22 juin. Personnages de bande dessinée, un garçon et une fille portant un mortier (coiffure/chapeau de finissant collation des grades à l’université), leur diplôme roulé sous le bras, accompagnés d'une bulle qui dit : « Et rappelez-vous… Un français de qualité constitue une valeur ajoutée à votre beau « degré académique » (anglicisme remplacé par « diplôme universitaire »)! » : texte et montage graphique Dominique Fortier à revisionpro.ca révision réviseure réviseuse anglicisme Québec. Dans le billet intitulé « Anémique académique », un anglicismeOn entend aussi très souvent qu’une étudiante ou un étudiant possède un bon bagage académique ou une bonne formation académique — sous l’influence d’« academic training » —, alors qu’il faudrait plutôt dire qu’une étudiante ou un étudiant possède une bonne formation générale (ou collégiale ou universitaire). Le français dispose de plusieurs mots pour rendre cette notion. Très près de cette idée de « bagage », on trouve le savoir académique, anglicisme dans le sens de « formation scolaire, universitaire ». Il en va de même de l’expression dossier académique — calque d’« academic record » —, qui devrait se dire dossier scolaire. Puis, à la fin de leurs études, nos étudiantes et étudiants se verront décerner un diplôme universitaire, ce qui, entre nous, vaudra beaucoup plus qu’un degré académique, traduction littérale d’« academic degree ». Aussi, une ou un spécialiste qui désire rédiger un article sur un sujet particulier peut consulter de nombreux ouvrages didactiques (et non de nombreux ouvrages académiques). Et, une fois publié, cet article risque de provoquer un intense débat théorique (et non académique) entre experts. Ici, pour trouver les bons termes français, il faut travailler un peu plus, car le mot académique vient presque instinctivement. Et comme si ce n’était pas assez, sur le plan académique sur le plan des études, de la formation, les profs revendiquent la liberté de l’enseignement (et non la liberté académique, calque d’« academic freedom ») pour enseigner leurs matières académiques scolaires (calque d’« academic matter »). On le voit, l’adjectif académique, même dans le monde de l’éducation, au Québec, où cet anglicisme devrait être connu et reconnu et, de ce fait, corrigé, est employé à grande échelle. Il vient presque naturellement aux lèvres. Il faut toutefois en prendre conscience et le remplacer par l’équivalent adéquat en français.

Les langagières et les langagiers sont-ils encore utiles

Ça ne s’invente pas. Voici le genre de traduction que l’on voit régulièrement sur l’emballage de produits en vente au Québec. C’est tellement gros qu’il vaut mieux en rire.

Lisez la description du produit (pardonnez la piètre qualité des photos qui suivent) et dites-moi si vous y avez compris quelque chose. Le francophone moyen en perd son latin.

description-de-produit-mauvaise-traduction_bad-French-translation-to-describe-a-product

Maintenant, à la lumière de l’anglais, vous allez franchement rigoler.

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Que dites-vous de la traduction de spill proof par « renverser la preuve »? Pas facile à faire, vous admettrez, avec un tube de crème à mains. C’est pas compliqué, on passe du voyage au tribunal en trois mots (qui ne font même pas sens tels quels dans le domaine juridique). Et de celle-ci : Tubes are dishwasher safe par « Les tubes sont au lave-vaisselle » (on a bêtement traduit le are par « sont », sans s’occuper du safe). Ben voilà, vous êtes prévenus, pas la peine de les chercher ailleurs au moment de partir. Il s’agissait d’y penser : c’est là qu’on range les articles de voyage.

Je vous vois vous bidonner en vous tapant sur les cuisses… Ha! ha! ha!… elle est bien bonne, « n’est-il pas? » (traduction littérale de la question tag [locution adverbiale interrogative de fin de phrase] isn’t it que l’on trouve dans Astérix chez les Bretons, et qui se traduit normalement par « n’est-ce pas? »).

Et ce n’est pas tout. Voici comment on a traduit le nom du produit :

smart-tubes-plus-bouteilles-de-voyage-majore

Hi! hi! hi! Qu’est-ce que vous en dites? de majoré pour traduire le symbole + (plus) de l’anglais? Comique, n’est-il pas? Et en plus, c’est le voyage qui est majoré. Alors ces contenants ne s’apportent que si le prix du voyage augmente, on dirait. La belle affaire! Et je passe sur le fait que ce ne sont pas des bouteilles (habituellement rigides), en réalité, mais bien des tubes (correctement nommés dans la description du produit) sur lesquels on exerce une pression pour faire sortir des crèmes ou des gels. Si l’on changeait « bouteilles » pour « tubes », il faudrait ajuster également l’espagnol.

Voici maintenant ce qu’on aurait dû voir en français sur l’étiquette accompagnant le produit :

smart-tubes-plus-bouteilles-de-voyage-majore-correction

Et pour terminer, voici le processus de correction en image du texte descriptif :

september-french-post-dominique-fortier-revision-correction-dune-mauvaise-traduction_editing-correction-of-a-bad-translation-in-french

À noter que les mots qui accompagnent la photo et les pictogrammes, dans la colonne de droite, ne sont qu’en anglais, comme si le français et l’espagnol n’existaient plus. On aurait pu travailler sur le graphisme pour corriger cette situation. Les réviseures et réviseurs sont, à cet égard, de bon conseil.

L’exemple présenté ici, bien que TRÈS GROS, prouve hors de tout doute que les langagières et les langagiers professionnels, spécialistes de la traduction ou de la révision de textes bilingues ou multilingues, sont non seulement utiles, mais indispensables. Ces personnes s’assurent que le message à communiquer « coulera de source » et que le public auquel il s’adresse le comprendra immédiatement, sans avoir à chercher l’équivalent en anglais.

Et puisqu’il vaut mieux en rire, voici un petit « jeu de mots » qui illustre les dangers de la traduction littérale.

jeux-langues-traduction_translation-quiz