Cartes de vœux pour Noël et le Nouvel An ⎮ Holiday Season’s Cards

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Les langagières et les langagiers sont-ils encore utiles

Ça ne s’invente pas. Voici le genre de traduction que l’on voit régulièrement sur l’emballage de produits en vente au Québec. C’est tellement gros qu’il vaut mieux en rire.

Lisez la description du produit (pardonnez la piètre qualité des photos qui suivent) et dites-moi si vous y avez compris quelque chose. Le francophone moyen en perd son latin.

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Maintenant, à la lumière de l’anglais, vous allez franchement rigoler.

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Que dites-vous de la traduction de spill proof par « renverser la preuve »? Pas facile à faire, vous admettrez, avec un tube de crème à mains. C’est pas compliqué, on passe du voyage au tribunal en trois mots (qui ne font même pas sens tels quels dans le domaine juridique). Et de celle-ci : Tubes are dishwasher safe par « Les tubes sont au lave-vaisselle » (on a bêtement traduit le are par « sont », sans s’occuper du safe). Ben voilà, vous êtes prévenus, pas la peine de les chercher ailleurs au moment de partir. Il s’agissait d’y penser : c’est là qu’on range les articles de voyage.

Je vous vois vous bidonner en vous tapant sur les cuisses… Ha! ha! ha!… elle est bien bonne, « n’est-il pas? » (traduction littérale de la question tag [locution adverbiale interrogative de fin de phrase] isn’t it que l’on trouve dans Astérix chez les Bretons, et qui se traduit normalement par « n’est-ce pas? »).

Et ce n’est pas tout. Voici comment on a traduit le nom du produit :

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Hi! hi! hi! Qu’est-ce que vous en dites? de majoré pour traduire le symbole + (plus) de l’anglais? Comique, n’est-il pas? Et en plus, c’est le voyage qui est majoré. Alors ces contenants ne s’apportent que si le prix du voyage augmente, on dirait. La belle affaire! Et je passe sur le fait que ce ne sont pas des bouteilles (habituellement rigides), en réalité, mais bien des tubes (correctement nommés dans la description du produit) sur lesquels on exerce une pression pour faire sortir des crèmes ou des gels. Si l’on changeait « bouteilles » pour « tubes », il faudrait ajuster également l’espagnol.

Voici maintenant ce qu’on aurait dû voir en français sur l’étiquette accompagnant le produit :

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Et pour terminer, voici le processus de correction en image du texte descriptif :

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À noter que les mots qui accompagnent la photo et les pictogrammes, dans la colonne de droite, ne sont qu’en anglais, comme si le français et l’espagnol n’existaient plus. On aurait pu travailler sur le graphisme pour corriger cette situation. Les réviseures et réviseurs sont, à cet égard, de bon conseil.

L’exemple présenté ici, bien que TRÈS GROS, prouve hors de tout doute que les langagières et les langagiers professionnels, spécialistes de la traduction ou de la révision de textes bilingues ou multilingues, sont non seulement utiles, mais indispensables. Ces personnes s’assurent que le message à communiquer « coulera de source » et que le public auquel il s’adresse le comprendra immédiatement, sans avoir à chercher l’équivalent en anglais.

Et puisqu’il vaut mieux en rire, voici un petit « jeu de mots » qui illustre les dangers de la traduction littérale.

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L’évolution du nom Inuit au fil du temps

inukshuk
Photo : Michelle Ou

Saviez-vous que le terme Inuit sans s, à une certaine époque, était pluriel, et que son singulier était le mot Inuk? En effet, on disait « des Inuit » (le mot Inuit signifie « les personnes, les gens » en inuktitut; par conséquent, il est déjà au pluriel) et « un ou une Inuk » (le mot Inuk signifie « une personne » en inuktitut, et ne fait pas la distinction entre le masculin et le féminin).

Mais d’abord, remontons le temps, parce que l’évolution, ça ne se fait pas en un jour. Le nom Inuit a remplacé le nom d’origine algonquienne Esquimau, qui signifie « mangeur de viande crue ». Cela, tout le monde le sait et le comprend : « mangeur de viande crue » est considéré comme péjoratif.

Toutefois, comme « y’en a jamais de facile », les noms Esquimau, n. m., et Esquimaude, n. f., ainsi que les adjectifs qui leur correspondent, sont encore utilisés en français dans des contextes archéologiques et historiques*. (Ne jamais oublier cet aspect en rédaction, révision ou traduction de textes [voir, à ce sujet, un billet précédent intitulé L’Estrie – Histoire, toponymie et terminologie].) Voilà, dans ce contexte, ce que cela donnerait :

Noms propres Adjectifs
Masculin singulier un Esquimau un masque esquimau
Féminin singulier une Esquimaude une sculpture esquimaude
Masculin pluriel les Esquimaux des harpons esquimaux
Féminin pluriel les Esquimaudes les cultures esquimaudes

Voilà pour l’histoire « ancienne ancienne ». Les noms propres et les adjectifs relatifs au mot Esquimau s’accordent en genre et en nombre, comme le veut l’usage français.

Passons maintenant à l’histoire moins « ancienne ». La fiche « Inuit » que publie l’Office québécois de la langue française (OQLF) mentionne qu’au « […] Canada, depuis 1970, Inuit est l’appellation officielle qui dénomme les autochtones** d’origine asiatique et de langue inuktitute […] » dont l’habitat et la civilisation sont historiquement liés au milieu arctique*.

Puis la Loi constitutionnelle de 1982** vient reconnaître officiellement et légalement les « Inuit ». On y stipule que l’appellation « […] « peuples autochtones du Canada » s’entend notamment des Indiens, des Inuit et des Métis du Canada. » Donc Inuit sans s pour nommer les habitants de l’Arctique canadien.

Dès lors, les graphies relatives au nom Inuit et aux adjectifs qui lui correspondent prennent les formes suivantes (ils ne s’accordent pas en genre et en nombre) :

Noms propres Adjectifs
Masculin singulier un Inuk l’art inuit
Féminin singulier une Inuk la langue inuit
Masculin pluriel les Inuit des grattoirs inuit
Féminin pluriel les Inuit les femmes inuit

femmes-artistes-inuit-1994-Copyright-mcc-et-artiste. Illustration de l'évolution du mot « Inuit », qui a été longtemps sans s'accorder au féminin pour le nom, ni aux féminin singulier et pluriel ainsi qu'au masculin pluriel pour les adjectifs. Depuis 2008, toutefois, on accorde le nom et les adjectifs en Inuites, Inuits, inuit, inuite, inuits, inuites.On ne se surprendra donc pas de voir l’adjectif inuit non accordé dans le titre de l’ouvrage Femmes artistes inuit publié au Musée canadien des civilisations (MCC) en 1994***. Il faut tout simplement se replacer dans le contexte linguistique de l’époque.

Au Québec, toutefois, l’usage était très varié et plus que flottant, car les formes officielles établies à Ottawa pour cet emprunt ne correspondaient pas au système linguistique du français, qui veut qu’on accorde en genre et en nombre les noms propres et les adjectifs qui leur correspondent.

En 1997, l’OQLF recommande donc que l’on privilégie les formes suivantes, conformes à la formation des noms et des adjectifs du français :

Noms propres Adjectifs
Masculin singulier un Inuit un inukshuk inuit
Féminin singulier une Inuite la langue inuite
Masculin pluriel les Inuits des artistes inuits
Féminin pluriel les Inuites des chanteuses inuites

La recommandation de l’OQLF trouve son écho à Ottawa en 2008, le Bureau de la traduction recommandant à son tour l’accord en genre et en nombre des termes Inuit (nom propre) et inuit (adjectif).

Cette décision entraîne enfin l’uniformisation**** de la graphie française de ces mots à la grandeur du pays.


  • Fiche « Inuit » de l’Office québécois de la langue française, 2010.
    ** Au sujet du traitement différent de certains mots ou de la typographie au provincial (Québec) et au fédéral (Ottawa), voir un billet précédent intitulé Tenir compte de l’ordre de gouvernement pour lequel on travaille.
    *** Note : C’est sur le document de travail Les noms de groupes amérindiens et esquimaux/Indian and Eskimo Groups Names, réalisé au Musée national de l’Homme (MNH) — référence en matière de graphie amérindienne et inuite, à l’époque — en 1982, que s’est appuyé le Service de révision du Musée canadien des civilisations — le descendant du MNH — pour rédiger les articles traitant des noms amérindiens et inuits dans son propre document de travail intitulé Manuel de rédaction – Musée canadien des civilisations, en 1994.
    **** La fiche « Les règles d’accord du mot Inuit » (onglet BT-Canada − Inuit-Inuk), publiée sur le site de la CEFAN (Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d’expression française en Amérique du Nord) de l’Université Laval, résume le cheminement de ce nom et présente ses équivalents anglais.

Le présent billet est également publié dans L’Hebdomadaire des réviseurs, le blogue officiel de l’Association canadienne des réviseurs. ⎮This post is also published in The Editors’ Weekly, the official blog of the Editors’ Association of Canada.